Road Book Tour d’Asie 2008-2009 / part 8 / La Chine, la suite.

07/10/2008 – Direction le Yunnan – Chine.

Allez c’est reparti, on voulait voyager, on voulait découvrir la Chine profonde… et bien on y va !!! Direction le Yunnan ! Un proverbe d’ici dit : «  Même après avoir traversé sept montagnes et sept mers, on n’arrive pas encore aux Yunnan. Il est presque aussi loin que la lune. Et celui qui en vient, vient de la lune ». Ça annonce la couleur !!

14 heures de train toujours entourés de chin’toc. Jérôme s’est fait un copain, un petit garçon de 5 ans, un vrai boulet !! Il ne le lâche plus, et vas y que je te touche la barbe, que je te fais des guili, que je te crie dans les oreilles et ça ne s’arrête pas là, vas y que je te tripotte les bijoux de famille, que je passe mes petites menottes sous ton tee-shirt, que je te pince pour voir si ça te fait mal !!! Jérôme n’en peut plus, il faut dire que ça fait déjà deux heures qu’il est dans ses pattes, surexcité, en rutte devant le grand barbu !!! J’essaie de le distraire, rien à faire. Sa mère, voyant qu’il commence à nous […], essaie de faire marcher son autorité mais rien à faire !!!  Jérôme lui lance des « va voir maman » …effectivement le français ça ne marche pas !!! Tu es condamné mon chéri !!! Tout le monde s’y met, but du jeu : le sortir des pattes de Jérôme. Nous récoltons pleurs, hurlements, un vrai pot de colle qui n’en fait qu’à sa tête !!! Finalement, Jérôme, à bout de nerfs, le choppe fermement par les avant bras, lui fait traversé tout le wagon les deux pattes en l’air et le pose à côté de sa grand-mère en lui disant bye bye et s’en va sans se retourner !!! Je reste là, scotchée par l’aplomb de Jérôme, le petit sûrement aussi surpris ne bronche pas et les autres passagers rigolent de la scène !!! Il ne reviendra plus, dommage de devoir être aussi catégorique mais c’était une vraie plaie ce mioche !!!!

08/10/2008 – En route pour Dali – Yunnan – Chine.

Nous voilà arrivés à Panzihua, il est 6 heures du mat et la ville est déjà bien éveillée. Devant la gare, plusieurs taxis, des bus, des bonnes femmes chargées de racoler les touristes comme nous. Nous arrivons à nous entendre : « Non nous ne voulons pas aller à Lijiang mais à Dali. It is possible ???!!! » Ils sont graves, ils veulent tous nous emmener à Lijiang !!! Finalement un bus va nous déposer à une autre gare routière à quelques kilomètres afin de prendre ce fameux bus Panzihua-Dali en espérant qu’on se soit bien compris !!! On n’est pas maître de tout en voyage !!!

Nous arrivons à la gare au bout d’une heure de trajet, quand même !!! Jérôme est chargé d’aller chercher les billets pendant que je garde les sacs à l’extérieur. Le type se dirige vers moi, enfin vers le peu de poitrine que j’ai !!  Me regardant bien en face sein à œil il me dit :

« -Lijiang ?

Je lui réponds : Dali

– Lijiang

-Dali

-Lijiang

-Dali !! »

Il se marre et enfin il trouve comment faire pour me regarder dans les yeux. Je lui souris d’un air qui veut dire cause toujours gros porc !!! Et il attend avec moi !!! Ne se lassant pas de faire quelques contre-plongées sur mon décolleté. Voyant Jérôme revenir il finit par s’en aller ce gros dégueulasse !!! Ehhh ehh c’est qu’il est costaud mon chéri, il faut pas croire !!! Jérôme a des billets mais pour où ??? Serons nous à Dali aujourd’hui ???

Nous grimpons dans l’estafette et c’est parti pour la dernière ligne droite. Le paysage défile devant nos yeux, forêts d’eucalyptus, bambous, bananiers, bougainvilliers, calathéas, cannabis…

Et des cultures et encore des cultures… hommes, femmes, enfants travaillant dans les champs, aidés par quelques buffles. Il est loin le temps de mon enfance où j’aidais mon père à labourer les champs à bord de nôtre Landini, où l’on récoltait le maïs à l’aide de grosse machine à ensiler. Ici, tout est fait à la main, pas de Landini. Les brins de riz à maturité sont coupés, fagotés, on les laisse sécher. Ensuite vient l’heure du battage afin d’en extraire les petits grains si précieux qu’on récupère dans de grands paniers en osier. Quel travail !!! La route est vraiment splendide et flippante  !!! Une route de montagne, enfin un reste de route étant donné que tantôt nous sommes face à des éboulis, tantôt c’est la route qui s’est barrée dans le ravin !! Apparemment rien d’inquiétant vu l’indifférence des autres passagers !!!

Après 8 h de bus nous arrivons enfin à Dali, encore faut il trouver l’hôtel que nous avons réservé depuis Chengdu !!

Nous l’avons trouvé nôtre hôtel pourri !! Quel horreur, ça pue le moisi, c’est glauque, sinistre, inquiétant !!! Nôtre fenêtre donne sur un mur en brique, des champignons recouvrent les mûrs, les sanitaires ressemblent à un vieil abattoir désaffecté, le jardin à un terrain vague et il n’y a personne, nous sommes les seuls !! Beurkkkkkkkk heureusement c’est pas cher !!! Nous déposons juste les bagages et route, sortir du taudis, prendre l’air !!!

Ohh que c’est joli !!! Adorable ! En oubliant les touristes chinois (essentiellement) qui pullulent un peu partout on se croirait dans un décor de film de samouraï. Entourée de ses vieux remparts, Dali offre ce qu’attendent deux touristes épuisés comme nous par tant de changements, des petites ballades en toute quiétude et une multitude de petites gargottes pour se restaurer !

Des petites ruelles pavées, bordées de petites maisons traditionnelles aux toits en ailes d’hirondelles.

Des petits canaux abrités sous les allées de sols pleureurs.

Et des Bai, minorité installée ici depuis plus de trois millénaires, issue de la famille des Tibéto-birmans, une ethnie calme et planante… Visiblement le culte du cannabis est de mise ici !!! Pas étonnant vu le nombre de pieds qui poussent sauvagement dans la nature.

On va être bien ici !!!

Nous déchantons vite, de retour à nôtre hôtel, c’est la déprime !!! La chasse d’eau ne marche pas, pas d’eau chaude, les draps sont humides, une communauté de chenilles est installée… C’est décidé, demain on change !!!

Dali au pied des montagnes du Yunnan en Chine.

09/10/2008 – Dali – Yunnan – Chine

A peine réveillés, et hop on est parti !!! On a trouvé un super hôtel encore moins cher que le premier, 40 yuans. Trop bien !!! On est trop les plus forts !!!

On est en train de se balader quand un type vient à notre rencontre et nous propose d’aller pêcher, le lac étant à peine à 2 Km du centre. Que demander de plus, on prend la balle au vol et hop nous voilà dans sa voiture !!!

Nous arrivons au petit port, de petites embarcations de tôles, au milieu d’une petite forêt immergée et… de la ganja… Le pêcheur nous embarque dans sa pirogue déjà occupée par ses précieux cormorans. De sa perche de bambou il dirige lentement le bateau et nous nous enfonçons au milieux des arbres et des herbiers. A une petite centaine de mètre, il lâche sa petite tribu en ayant pris soin de leur nouer un lacet autour du gosier…mouaih ??!! Les cormorans se régalent des petits poissons mais quand leur prise est trop grosse… impossible d’avaler ! Il ne leur reste plus qu’à attendre que nôtre pêcheur les aide à recracher leurs proies. C’est de la pure exploitation, il n’ont pas l’air malheureux mais qu’en savons nous ? Cette pêche n’est plus très utilisée, laissant la place aux larges filets qui font des ravages. Je ne sais pas ce qu’il y a de mieux ?? Pêche au filet ou aux cormorans ??? En tout cas, je ne mangerai pas de poisson ici.

Après cette très sympathique matinée nous sommes affamés !!! On a vraiment l’impression d’être tout le temps affamés ou épuisés !! Trop dur de voyager !!!

Pêche aux cormorans en Chine.

La pêche aux Cormorans à Dali en Chine. Provine du Yunnan.

11/10/2008 – Dali – Yunnan – Chine.

Que c’est dur les vacances, se coucher à 22h devant la star academy chinoise, devoir se lever à 10h…

Manger du riz à toutes les sauces, curry, satay, sauce au thé…

Des bouchées vapeurs au porc, à la coriandre…

Boire des jus de fruits pressés, à la mangue, papaye, carotte, banane…

Des brochettes, crevettes, champignons, tofu, porc et autres viandes bien épicées !!!

Marcher sous une pluie de sourires, de Ni rao, de Kkhello…

Louer des vélos, histoire d’avoir meilleure conscience après avoir tant manger !!! Et tout ça pour moins de 15 € à deux par jour… c’est vraiment trop dur !!

Certes ce n’est rien pour nous jeunes et dynamiques frenchies mais il faut faire attention, l’arnaque est à tous les coins de rues !!! Surtout dans la dite : « Foreigners street » (rue des touristes) qui est effectivement gorgée de touristes occidentaux et chinois !! Règle d’or, compter, toujours compter, avant qu’on nous enlève le menu car bien souvent l’addition augmente de 10 à 100%… c’est vrai, sans exagérer !!!

Sauf dans nôtre petit resto préféré, le moins cher et le plus copieux qu’on est trouvé, tenu par un jeune couple honnête et adorable. C’est un régal d’y aller, juste pour leurs sourires !!! Lui au fourneaux, elle au service et le petit bambin qui court partout… Une jolie petite famille !!!

Aujourd’hui, ballade à vélo au milieu des champs et des villages qui bordent le lac, on essaie de se frotter petit à petit aux locaux mais la barrière de la langue… Pas facile, surtout que même le langage corporel n’est pas le même !!! En arrivant sur une petite placette, une bande de bambins se met à courir vers nous en gueulant des « KkHello… khhHello » on leur répond avec des « ni rao… hello… Nirao ». Je m’approche d’un en lui tendant la main pour le saluer, il recule timidement, les autres se moquent bien évidemment de lui, je m’approche d’un autre qui fait un peu plus le coq devant ses copains… idem, tous les enfants rigolent !!! D’une petite grimace et d’un petit geste de la main je tente de leur dire qu’ils ont les chocottes !!! Qu’est-ce que j’ai pas fait !!! Ils s’arrêtent tous net et me regardent vraiment curieusement, un mélange de crainte et de stupeur!!! On se sent vraiment mal à l’aise dans ces moments là !!! Qu’est qu’ils ont compris ? Que veux dire mon geste ???

Mon approche n’a pas donné l’effet escompté, je dirai même que j’ai fait un bide !! En tout cas, ça m’a bien calmé !!

Heureusement que nôtre « Papy chin’tok » rencontré au petit port m’a remonté le moral !! On a bien causé tous les trois, sans se comprendre mais on a causé !!! C’était franchement chouette, sauf son tabac dégueulasse qu’il nous a offert gentiment !!! Brut, juste une feuille roulée dans la pipe, dégueulasse, mais je pense que le cancer doit être meilleur que celui de nos clopes chinoises !! Une bien jolie journée et avec le soleil, s’il vous plait !!! D’ailleurs on a choppé nos premiers coups de soleil, ouille ouille ouille ! Ça va biafiniser ce soir !!! On va devoir se coucher à 22h15, zut… bien trop tard !!!

Ballade à vélo dan la province du Yunnan en Chine.

Rizières du Yunnan en Chine

Le lac de Dali dans le Yunnan en Chine

Carnet de route voyage en Chine

Le lac de Dali en Chine.

14/10/2008 – Dali – Yunnan – Chine.

Aujourd’hui c’est l’anniversaire de mon Papy, donc ça ne peut être qu’une belle journée !!! Nous avons un objectif, ce qui est assez rare en voyage !!! Trouver nôtre « Papy Chin’tok » pour lui porter la photo que nous avons prise ensemble. On imagine sa tête… on est sûr qu’il pense qu’on ne lui apportera jamais !!! Et bien non, raté !!! On arrive sur nos beaux vélos !!!

Mais au petit port… pas de « Papy chin’tok »… Nous demandons à un pêcheur en lui montrant la photo. Visiblement, il le connait. Il nous sort un petit banc de son bateau, on comprend qu’il va arriver… alors on s’assoit et on attend… on attend… on attend… Nôtre pêcheur s’en va en bateau. On attend… on attend… Un autre pêcheur arrive, on lui ressort la photo. Il le connait aussi, il nous fait signe que non, qu’il ne viendra pas aujourd’hui mais qu’il peut lui donner la photo… zut !!! C’est bien trop nul à chier dit Jérôme. J’en pense pas moins mais le principal c’est qu’ il l’a récupère!!! Nous lui confions donc nôtre si précieuse photo et enfourchons nos vélos tous penauds !!! Sur la route nous refaisons des plans pour la journée… et oui nôtre objectif est raté : « Qu’est-ce qu’on fait ? Je sais pas. On va vers la montagne ? Non j’ai pas envie, j’ai envie de rien !!! Juste de Papy chin’tok !!!! »

Et là,Maaaagiiiie !!!! Papy chin’tok !!!

Juste devant nous, il est trop mignon avec son petit bonnet !!! Dès qu’il nous voit, il se lance dans des vocalises de : Ohhh

OHHH OOOHHH!!! Ohhh loloooo … Ohhhh lalla !!!

Nous sommes aux anges, il fallait qu’on le recroise, s’était écrit !!! On lui explique par quelques mîmes qu’on est venu pour la photo, mais qu’on l’a laissée au port. Il repart dans ses vocalises, en nous conviant à le suivre !!! Tout guilleret nous faisons demi tour et le suivons. On marche tous trois le sourire en haut des oreilles. Dès qu’il croise quelqu’un, il répète la même phrase en nous désignant. Il a l’air très fier. Nous aussi, nous sommes fiers !!! On arrive dans une petite cour. Au sol, du riz est en train de sécher, comme dans toutes les cours en cette saison. Nous allons chez lui. Il nous invite dans sa maison !!! On est heureux, ravis, touchés !!! Nous entrons dans une petite pièce sombre, le sol est en terre battue, les murs enduits de chaux poussiéreuse, un petit canapé, une petite table, une télévision et trois grands coffres sûrement remplis de riz. Aux murs, des portraits de famille, peut être que nous serons épinglés parmi eux ??? Il nous fait les présentations, ses parents, sa femme, ses cinq filles… et bientôt, ses amis français !!!

Il nous offre le thé, nous sortons de nôtre sac les petits gâteaux et les clémentines que nous avons achetés ce matin au marché. Nous nous sourions, nous nous regardons et sourions encore, au point que nos yeux risquent de rester bridés !! Nous arrivons à nous mimer des petites choses simples, nôtre identité !!! J’ai 24 ans. J’ai 30 ans. J’ai 75 ans. Je m’appelle Céline. Je m’appelle Jérôme. Je m’appelle Tà Ni. Nous ne sommes pas mariés. Je travaille la terre. Je travaille les fleurs. Je fais des médicaments pour les clémentines. Nous sommes français… C’est vraiment un joli moment… Quand ses yeux fatigués se posent sur moi, d’un regard protecteur, tout mon corps fourmille, un échange si simple, si bref mais si sincère !!

Nous en sommes à nôtre cinquième thés, les vannes ne vont pas tarder à lâcher si ça continue !!! Il a compris le bougre, nous partons dans un concert de « psiiiiiiiiiiis… psiiiiiiiiii… psiisss… » mais il ne nous propose pas les toilettes pour autant !! Mais, nous repropose un thé. Nous refusons malgré nous la proposition et lui proposons d’aller chercher la photo avant de repartir. Nous retrouvons le pêcheur qui lui remet cette photo, ce petit bout de papier qui a réuni l’espace d’un instant, deux cultures, deux générations différentes pour en faire un moment unique !!! Je savais que ce serait une belle journée !! Merci Papy Tà Ni. Bon anniversaire Papy Moustache !!!!

On attend papy Chintok au bord du lac de Dali en Chine.

Mon papy Chinois.

Mon papi chinois.

Carnet de route en Chine, belle rencontre.

19/10/2008 – Trajet Dali-Chengdu via Panzhihua – Chine.

La journée commence par un de ces réveils , un de ceux qui nous rendent de mauvais poil l’espace de quelques minutes, celui où la première pensée qui s’éveille en nous est : Bousiller ce putain de réveil !!!!

Mais… après un bon café, une bonne douche, les esprits se remettent en place et on sourit. D’attaque pour se jeter dans l’action.

Il est 7h, le timing est bon ! Nous sommes prêts, sacs sur le dos, lacets bien serrés, nous repartons !

La traversée de la ville est agréable, il fait un peu frais. Les montagnes embrumées du Cangshan s’éclairent peu à peu d’une douce lumière. Le taux d’humidité élevé donne l’impression qu’on pourrait caresser de nos mains ses courbes encore discrètes et décrocher un petit morceau de nuage pour s’en faire une barbe à papa. Le temps est splendide !!

Nous arrivons au terminus des minibus reliant Dali à Xiaguan sans trop de problèmes, il y en a une bonne vingtaine !! Nous sommes les seuls, les chauffeurs attendent leur tour patiemment dans un des minibus, fumant du cancer et sirotant du thé. Un mec sort de la cahutte et se met à gueuler en agitant une clochette. Là, un chauffeur saute du minibus-salle d’attente, court et grimpe dans celui d’à côté, l’allume et part en l’espace de quelques secondes !!! Nous lui faisons signe mais trop tard il est parti. Nous n’avons pas été assez rapides !!! Mais nous avons compris le système et nous grimpons dans l’estafette suivante. 10 min après, le gars de la cahutte sort avec sa grosse voix et sa clochette, un chauffeur arrive en courant, allume le contact et part. Cette fois, nous partons avec lui et laissons Dali derrière nous.

Nous arrivons à la gare routière où on est arrivé il y a 10 jours. La gare routière est formée de plusieurs parcs, elle envahit tout un quartier. Il n’y a pas de guichets, pas de tableaux d’horaires, tout se passe dans les bus !! Pas très arrangeant tout ça !!! Nous demandons à droite à gauche : « Panzhihua ? ». Certains ne veulent même pas nous répondre, d’autres nous indique vers la droite, d’autres vers la gauche. On tourne et retourne grimpant dans les bus, demandant « Panzhihua… Panzhihua… ». On finit par trouver le bureau d’informations et par bonheur il y a une femme qui se dépatouille comme elle peut en anglais. Elle nous dit qu’il n’y a pas de bus pour Panzhihua ici. On lui dit qu’on est arrivé ici de Panzhihua il y a dix jours. Elle insiste, nous aussi, elle finit par nous dire qu’il n’y a qu’un bus qui part aujourd’hui d’une autre gare à l’autre bout de la ville, un bus de nuit, il part à 20h. Hum… hum… de la route pourrie de montagne en pleine nuit ??? À 20 heures ??? En bus couchettes ??? On n’a pas le choix ????

Gare routière en Chine

On insiste se disant qu’il doit forcément y avoir d’autres départs moins suicidaires. Un attroupement se forme autour de nous, tous veulent apporter leur petite contribution, ça piaille dans tous les sens !!! Mais il y a ce type, je ne sais pas pourquoi mais il m’inspire, je prends donc le temps d’essayer de décoder ce qu’il veut nous dire.

« Jérôme vient, il y a un autre bus !!! » Nous suivons le type, nous arrivons devant un mastodonte, un beau et gros bus couchette !!! Sur le pare prise 3 caractères, nous décodons le premier, Xiaguan. Le deuxième, Panzhihua. Et nous demandons pour le troisième… Chengdu !!! Elle est pas belle la vie ??? Un bus qui nous emmène de suite à la maison !!!

Il part à 13h, il est 9h. Ça nous laisse 4h à tuer.

Nous nous installons par terre dans un coin. J’en profite pour jeter quelques mots sur le papier. Les passants regardent, curieux. Un s’arrête juste devant moi, c’est un de ces types qui passent leur journée à ramasser tout ce qui se recycle par terre afin de le vendre et de gagner quelques sous. Je lui tends mon carnet, il a l’air content. Sous son chapeau bleu qui lui cache la moitié du visage et sous ses grosses lunettes de soleil, on voit juste ses petites fossettes se relever. C’est un homme d’un âge mûr, quelques rides le trahissent. Il épluche tout le carnet s’attardant sur chaque page, chaque ligne, chaque mot. Il a l’air fasciné. Il prend le stylo et se met à écrire du chinois, il a l’air inspiré. On reconnait des points d’interrogations, visiblement ils nous posent des questions. On lui dit « Fâguà ! » ( français ! ), ça à l’air de lui convenir comme réponse. On se fait passer le carnet, y écrivant à tour de rôle quelque chose. J’en profite pour lui demander d’arrêter de me regarder le buste… c’est un peu pesant !! Nous échangeons ainsi, pendant une bonne heure. Et au moment de partir, il m’agrippe la main fermement, il ne veut pas que je parte, quelle séductrice !!! J’essaie de ma dégager… impossible !!! Il nous propose d’aller manger chez lui, on refuse gentiment mais il insiste le bougre !!!! Son cinéma dure une dizaine de minutes, c’est long, fatiguant, gonflant !!! Mais il s’amuse. Il finit par me lâcher la main, qui reste paralysée. Naïvement je lui retends la main pour lui dire au revoir et c’est reparti !!!! Mais c’était une boutade, nous le saluons et lui échappons !!

Carnet de route voyage en Chine.

A 11h, on s’installe dans le bus, mangeons des saucisses et une cuisse de poulet sous vide franchement dégueulasses et nous nous endormons sur nôtre belle couchette.

Bus couchettes en Chine.

Un bon repas de baroudeurs en Chine.

 

A 13h, on vient nous réveiller, il faut qu’on descende, le bus ne part plus. C’est quoi cette embrouille ??? Visiblement nous ne sommes pas assez pour que le trajet soit rentable alors benh… on annule !! C’est bien joli mais nous, on fait quoi maintenant ?? Et bien, on misère comme d’habitude !!! On s’adresse à l’un puis à l’autre, personne ne parle anglais. On n’est pas dans la merde !!! Relativisons, nous avons 3 jours pour rentrer sur Chengdu, on avait prévu large. On nous écrit quelque chose en chinois sur un bout de papier… vous êtes drôle vous…

Ils s’acharnent à nous parler en chinois, faisant des efforts dans l’articulation mais ça reste du chinois…

Finalement, le chauffeur, sûrement par compassion, nous dit de remonter dans le bus. On s’exécute, on n’a pas trop d’autres solutions. Il traverse la ville, s’arrête dans une autre gare routière et nous montre le guichet. Il y a bien un bus sur le tableau, à 20h, de nuit. Elle nous l’avait dit la bonne femme !!! Ahh ces maudits touristes qui n’écoutent rien !! En tout cas nous sommes frappés de la gentillesse du chauffeur, qui n’a pas hésité à déplacer son mastodonte pour nous conduire ici et gratuitement, trop adorable !!! Maintenant, reste plus qu’à nous occuper, il n’est que 14h !! Nous sommes dans la périphérie de la ville, il n’y a rien. Xiaguan est une ville stratégique, un carrefour routier entre les deux berges du lac Erhai. Il n’y a rien !!! Nous errons, nous posons dans un square et patientons longtemps, longtemps, très longtemps…

En espérant que nous n’attendons pas une nouvelle fois pour rien et que le bus partira bien à 20h !!

Transports locaux en Chine.

Carnet de route, voyage sac à dos en Chine.

Il est parti, nous sommes partis, nous sommes en route !! Il y avait 4 beaux bus tout neuf et un tout cabossé, tout pourri. On est dans le tout pourri !!! En fait, je pense qu’ils mettent les bus en fin de vie sur les liaisons dangereuses histoire de limiter les pertes matérielles. Il bruine, la route va être boueuse et glissante. Je me rappelle la réflexion de Jérôme quand je lui faisait remarquer les nombreux glissements de terrain sur la route : « ça craint que quand il pleut !! ». Et il pleut !!!

L’intérieur n’est pas mieux !!! Des couchettes minuscules, Jérôme n’y rentre pas, moi à peine !!! Les couchettes sont collées les unes aux autres sur deux étages, les fenêtres minuscules, pas d’aération, pas d’extincteurs, pas de brises vitres, l’évacuation est impossible en cas de pépin !!! Un cercueil roulant… je suis morte de trouille !!! Je rigole, mais nerveusement, et ça pue des pieds mais qu’est-ce-que ça pue !!!! Ça crache partout, ça fume dans le bus, ça braille !!! La nuit promet d’être palpitante !!! C’est dans ses moments là qu’on se dit : on est con quand on est jeune !!!

On n’aurait pas pu aller comme tout le monde quinze jours au camping « La bouée bleue » à St Jean ???? Non. Quand on est jeune on voit les choses en grand, on veut de l’exotisme, de l’atypique… Et bien, je vais vous dire, on est bien con quand on est jeune mais qu’est ce que c’est bon !!!

20/10/2008 – Panzhihua – Chine.

On est arrivé à 3h3o cette nuit, on a presque dormi !! Pour faire simple, la gare ferroviaire est à 25 km de la gare routière. A cette heure ci le seul moyen d’y aller est de prendre un taxi et de se faire arnaquer sous prétexte que c’est la nuit !!! Mais en Chine tous les chauffeurs de bus sont sympas !!! Et le nôtre nous propose de rester dormir dans le bus et d’attendre demain matin que les bus de ville commencent leurs liaisons. Mais les chauffeurs de taxi ne le voient pas de cet œil !!! Voyant deux billets de 20$ sur pattes dans un bus désert, ils attaquent. Lâchez les fauves ! On se fait assaillir !!! Ils montent dans le bus et tentent par toutes les ruses de nous convaincre, crachant à chaque fin de phrase !!! Nous lançons de temps en temps quelques : «  We have the time !! », «  We know, it’s good for you if we come with you but not for us ! » « We don’t want to come with you, stop ! ». Ils finissent par nous lâcher la grappe !!!

Je dors. On me secoue énergiquement pour me réveiller… j’ouvre les yeux, il y a un mec à quelques centimètres de ma tête. Je suis perdue, pas encore réveillée, je me demande où je suis ??!! Il gueule dans mon oreille « let’s go, your train… let’s go ! Let’s go !! » En fait, ils sont trois autour de ma couchette !! Je suis folle !! Ils m’ont réveillée ??? …Ils m’ont réveillée !!! Je dormais profondément et ils m’ont réveillée ??? !! Sûrement d’un regard sombre, je répète fermement ces mots que je commence à connaitre par cœur : « I don’t want to come with you, ok ? I want to sleep and after we take the bus. It’s cheaper !! Sorry but no money for you !!! Sorry !! Thank you !!! » Je referme les yeux mais je sens qu’ils sont encore là, hésitants à argumenter pour me convaincre. Ils finissent par partir. Je ne leur en veux pas, c’est leur gagne pain mais je reste tout de même amer devant ce manque de respect !! Je dormais !!! Et maintenant je ne dors plus, c’est malin !!!

A 7h, le premier bus n°64 arrive, nous embarquons. Nous arrivons à la gare ferroviaire à 8h. Nous trouvons sans difficulté des billets pour Chengdu, le train K118 part à 12h01, une toute petite attente.

Jérôme dort, il récupère de cette nuit mouvementée. Moi, je reste bloquée devant le paysage qui défile lentement derrière la vitre. Nous quittons la Chine dans 3 jours, je ne veux rien rater. Je veux profiter au maximum, enregistrer la couleur de chaque morceau de terre qui file devant mes yeux fatigués, capturer les émanations du train, me laisser transpercer par la lumière, par la magie de l’Empire du milieu…

Le paysage est spécialement beau sur ce chemin de fer traversant le Yunnan et le Sichuan. Construit au gré des vallées, passant sous les montagnes, enjambant de multiples rivières, longeant les rizières, et les nombreux villages. La région est relativement humide laissant à ses hôtes une terre fertile propice aux cultures, riz, maïs, thé, coton, tabac, agrumes… Sur les maisons de terre crue, des guirlandes de piments et de maïs sèchent aux soleil, au sol des tapis de riz encore enrobé de leur glume brunâtre. De la fenêtre, le tableau est parfait, coloré, lumineux, éclatant. Malgré la beauté du lieu, je n’arrive plus à garder mes petits yeux ouverts et ne tarde pas à rejoindre Jérôme dans les bras de Morphée…

Quand il me réveille, il fait nuit. Le train rentre en gare de Chengdu à 23h30.

Epuisés, nous n’hésitons pas à prendre un taxi pour rejoindre nôtre guest house.

Carnet de route en Chine.

21/10/2008 – Ste Céline – Chine.

C’est ma fête aujourd’hui !!! Rien d’important !!! Je lis les quelques mails qu’on m’a envoyés pour l’occasion. Jusqu’à tomber sur le mail de mon frangin… comment j’ai pu ??? Je n’y ai pas pensé !!! Si j’avais été en France, je serais sûrement allée me recueillir sur ta tombe. Ça a fait un an hier que tu nous as quittés, que ton cancer t’a délivré. Et je n’y pensais pas… je ne pensais pas que déjà un an avait pu s’écouler… je ne suis pas triste, songeuse. Je pense à toi Papa, je t’aime.

22/10/2008 – Chengdu – Chine.

Dernière journée, on a du pain sur la planche !! La journée est trop courte, nous nous répartissons les tâches. Je m’occupe du site, c’est que ça prend du temps tout ça !! Et Jérôme s’occupe de la paperasse : mettre les comptes à jour, trouver un taxi pour nous emmener à l’aéroport demain à 5h du mat, changer nos derniers yuans en dollars, trouver la poste pour envoyer nôtre premier colis afin d’éviter la surcharge en avion… Le pauvre, il est courageux et beau dans l’effort… Je rigole, je me moque mais je suis tellement fière de lui, de nous, de la direction que nous donnons à nôtre couple. Et oui, il n’est plus casanier mon chéri, il est même plus actif que moi !!!

17h. Dernière Tsingtao beer. Le colis est envoyé. Le carnet de route à jour. Nous faisons le bilan de ce mois passé en Chine. Nous sommes venus avec des aprioris, nous repartons surpris. On voit souvent depuis nos postes de télévision, depuis nos journaux, un portrait sombre de la Chine. Certes, il y a beaucoup de choses à modifier, le chemin est encore très long…

Mais il faut laisser du temps au temps. On a découvert ici, une patrie dotée d’une grande volonté. Une patrie soudée, qui avance dans la même direction : le progrès. Le progrès sous toutes ces coutures. Je ne suis pas politicologue mais je pense que la Chine n’a pas fini de nous surprendre sur des aspects que l’on n’imagine même pas. Nous avons découvert un peuple. Un peuple accueillant et souriant, d’une extrême gentillesse.

Nous avons parcouru des paysages grandioses, il faudrait 10 ans au moins pour visiter toutes ces contrées. Nous ne repartons pas conquis mais séduits par l’Empire du Milieu.

Aucune nostalgie, aucune mélancolie… Nous partons vers de nouveaux horizons, une nouvelle culture : « Good bye China, Good morning Népal ! »

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À PROPOS : Nous avons eu la chance de réaliser ce fabuleux périple il y a plus de 10 ans. Nous sommes partis mon compagnon et moi durant une année sur les routes asiatiques sans savoir ce que le voyage allait faire de nous. Aujourd’hui, nous savons ! Des Bourgeons sur le Bitume n’aurait certainement pas éclot sans cette intense et déroutante parenthèse. Il était évident pour moi de partager cela avec vous tant cela fait parti de notre ADN.
Je ne fais qu’un copier/coller du blog que j’avais ouvert à cette occasion, sans rien changer même si des fois, je vous l’avoue, je préférerais partager ce périple avec les 10 années de recul que j’ai aujourd’hui mais ce ne serait pas la réalité. Pour le petit scoop, même si nous ne savons pas de quoi la vie est faite, nous prévoyons de remettre le couvert ! Nous sommes partis il y a 10 ans, le jour des 30 ans de Jérôme, nous partirons donc le jour de mes 40 ans ! 

 

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