Road Book Tour d’Asie 2008-2009 / part 2 / Transsibérien – Moscou à Irkoutsk

Départ le 19/08/2008 à 13h30 Moscou.

J’aime l’heure des départs,  préparer avec soin son sac,  faire dix fois le tour de la pièce en espérant n’avoir rien oublié et cette petite boule au fond du ventre qui remonte jusqu’à l’œsophage. Nous nous apprêtons à prendre le mythique Transsibérien !

Anya nous donne ses dernières recommandations et nous partons, main dans la main face à l’inconnu, Jérôme est stressé, moi aussi mais je n’y pense pas et je ne lui montre pas. On file, on suit le vent, on suit les rails pour arriver jusqu’à la gare « Laroslavsky vokzal ». Transsibérien, nous voilà !

Le train est bien là, juste devant nous, une bonne chose !!!

Avec l’aide des Russes nous arrivons à déchiffrer notre billet de train, trouver notre wagon et notre place, trop fort ces « franzouzi » !!!!

Par soucis d’économie et avec la ferme intention de partager la vie des locaux j’ai préféré acheter nos billets en 3em classe et c’est pas triste… 54 couchettes par wagon, un joyeux bordel l’installation : on s’entasse, on se bouscule, on se marche dessus, j’aime bien !!!

Heureusement il n’y a pas de poulets ou autres bestiaux, c’est plus confortable !!!

Nous avons les couchettes du haut, ça demande de la souplesse qu’on a malheureusement perdu mais en faisant craquer un petit os par ci et un os par là, on y arrive.  Le gosse d’en bas tousse comme un vieux de 90 ans, en souhaitant que ce ne soit pas une grippe sinon demain le wagon sera en quarantaine !!!! Et ma tourista me suffit !!!!

A peine une heure après le départ, le wagon s’est transformé en camp de réfugiés,  des draps flottent, des gens cuisinent, d’autres dorment, d’autres pintent à la vodka où à la biere, des gosses sautent d’une couchette à l’autre tels des petits singes. Et moi j’accuse le coup : on est le 19 Août 2008, je suis en Russie à bord du Transsibérien, en train de transformer un de mes rêves en réalité. « Oui Céline c’est vrai !!!! Cette fois ce n’est pas un rêve !!! C’est sûr !!!

Quel bonheur, là devant mes yeux défile la Taïga.

Belle Taïga tant rêvée, tant souhaitée, tant désirée. Je te regarde et je te déshabille.

De mes yeux de petite fille, je redécouvre toute ta splendeur joli bouleau.

Toute ta grandeur, ton charisme gigantesque sapin.

Papy, Papa me voyez vous d’en haut, filant vers la Sibérie, rampant comme un serpent ? Me voyez vous ? Je vous fais coucou.

 360 KM, 6H à bord du Transsibérien.

Nous nous approchons de Vladimir, première pause. Le petit d’en bas fait dodo, il n’est pas fiévreux, ça me rassure.

Natacha, notre voisine, nous fait partager son repas : des beignets à la confiture de pomme et aux graines de pavot. Nous faisons mine de trouver ça délicieux pour ne pas l’offenser et c’est si gentil de sa part. Mais en réalité ce sont de vrais étouffes chrétiens ! En retour nous lui offrons du café soluble acheté en France, elle est enchantée. Nous en faisons profiter les autres voisins, la glace est brisée, tout le monde nous fait partager quelques chose, un morceau de saucisson, un peu de pain, une carotte, un concombre et on bouffe tous gaiement !!!

En huit clos, nous découvrons des locaux d’une grande gentillesse et d’une grande humanité. Quel bonheur !

1300 KM, 22H à bord du Transsibérien.

La nuit n’a pas été très reposante. 35° sur une micro couchette. On a chaud, très chaud, il n’y a pas d’air étant donné que curieusement les Russes ont froid !!! C’est à ne rien y comprendre, ils subissent des hivers à -20° et ils ont froid à 35° ?

On pourrait se rafraichir sous une bonne douche froide, mais pas de douche à bord du transsibérien !!! C’est ballot.

Suintant, nous profitons au maximum de cette si belle expérience humaine.

Devant le paysage qui défile, nous continuons à nous approprier cette nouvelle maison roulante. Nous prenons nos repères, nos petites habitudes…

Jérôme enchaine les parties d’échecs avec les gosses du wagon, des parties pas très équitables…

Et moi, entre deux dodos, je jette quelques mots sur le papier, je tente quelques discussions avec mes voisines, en me servant de mes petites notions d’anglais et surtout de mes petites mains… ça marche assez bien. Même si nous avons des discussions assez basiques, ces échanges simples me font du bien. Une forte complicité s’installe rapidement entre nous. Natacha est pleine d’attentions pour moi, une vrai petite maman, elle veille sur moi comme sur sa fille Tania. Je décide donc de l’appeler Mama ce qui fait rire tout le monde.

 1800 KM, 30 H à bord du Transsibérien.

Iekaterinbourg, l’heure des adieux et des promesses de courriers avec Natacha et Tania arrivent. Je suis triste, leurs regards plein de tendresse vont me manquer. Je les regarde sur le quai et la petite larme coule, je me sens stupide et si fragile d’un coup. A peine deux jours passés ensemble et je pleure, une vraie cruchette ! Mais c’est si vrai, si sincère, si simple.

Je reviens à la couchette et je trouve Jérôme en train de jouer aux échecs avec notre nouveau voisin. Je ne le reconnais plus, je suis scotchée, je savais qu’il allait devenir plus sociable mais si rapidement… je n’en reviens pas !!!

Il se prend une grosse raclée, c’était plus facile avec les gosses, hein ? La partie a peut être duré grand maximum 10 min !

Autour d’une vodka, nous entamons les questions habituelles :

« what’s your name ? » « Where do you go ? » « What kind of job do you do ? » « Do you have photos »….

Nous avons de la chance, Iegor et Tania parlent un chouia Anglais, et en plus ils partageront toute la fin de notre trajet jusqu’à Irkoutsk.

 

2640 KM, 44H à bord du Transsibérien.

Le paysage change un petit peu, des vallons pointent le bout de leur nez. La température a baissé de 10°. La vie à bord ne change pas, même s’il y a un balai d’échange de passagers. Toujours la même gentillesse. Manger, dormir… Il y a d’ailleurs une expression russe qui se dit dans les trains :

Tu as mangé alors tu peux dormir. Tu as dormi alors tu peux manger.

Jérôme et Iegor enchainent les parties d’échecs, toujours le même gagnant, toujours le même perdant : mon chéri !!! Pourtant il essaye, il se concentre, c’est vrai !!!! Mais raclée sur raclée. Rien a faire !

3300 KM, 55 H à bord du Transsibérien.

Novossibirsk, nous achetons de la biere et du poisson fumé, séché. Une bonne soirée s’annonce, nous rencontrons Robert, jeune slovaque, étudiant en Russie.

Iegor sort sa guitare et entame de sa voix grave et suave son medley de chansons russes accompagné par Tania, Dima, Sacha, Katia et Katarina les p’tits marmots d’à côté.  Jérôme et moi, le sourire en haut des oreilles, contribuons comme nous pouvons avec des petits « lala la…. Hummmm… La…Huuummm… lala liala… »

Une soirée magique dans la lignée du voyage…

4080 KM, 68 H à bord du Transsibérien.

Jérôme se réveille avec une bonne tourista, sûrement dûe au poisson de la veille. Sa matinée se résume à aller aux toilettes en courant revenir prendre un comprimé, repartir en trombe en espérant que le chiotte ne soit pas occupé !!! Etc, etc…

 

 4740 KM, 79 H à bord du Transsibérien.

Taïchet, sur le quai, un jeune russe typé asiatique s’exclame en nous entendant nous parler : « Vous êtes français ? » Nous nous y attendions plus, entendre du français ici. C’est très bizarre. Déroutée, je lui réponds : « Yes, I Think ! No, enfin oui pardon on est français !!! »

Je suis trop contente, je vais pouvoir parler et parler, moulin à paroles que je suis. Je vais pouvoir poser pleins de questions, tout savoir !!! Sod’nom tu vas passer une soirée exténuante, je vais t’épuiser !!!!

Bière, chips, nous commençons la soirée avec la guitare mais cette fois ci c’est nous qui devons  chanter accompagnés par Sod’nom qui connait le répertoire Français mieux que nous d’ailleurs. Je ne résiste pas longtemps, et me lance dans mon répertoire préféré « Edith piaf » rejoint par Jérôme (clin d’œil aux anciens collègues de boulot !).

Après quelques chansons, nous sollicitons l’interprète que nous avons pour nous lancer dans des discussions politiques. La discussion est très animée. Nous abordons plusieurs sujets, Carla, Sarko, Medvedev, la guerre en Ossetie, l’écologie et comme bien souvent personne n’est d’accord !!! Mais la soirée est excellente. Nous découvrons d’avantage notre ami Iegor et ses millions de questions. Finalement il est pire que moi !!!!

Après 5500 KM, 89 H passées dans le transsibérien, une bonne trentaine de fous rires, deux touristas, une quinzaine de rencontres nous reprenons nos sacs, relaçons nos chaussures et repartons vers l’inconnu.

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À PROPOS : Nous avons eu la chance de réaliser ce fabuleux périple il y a plus de 10 ans. Nous sommes partis mon compagnon et moi durant une année sur les routes asiatiques sans savoir ce que le voyage allait faire de nous. Aujourd’hui, nous savons ! Des Bourgeons sur le Bitume n’aurait certainement pas éclot sans cette intense et déroutante parenthèse. Il était évident pour moi de partager cela avec vous tant cela fait parti de notre ADN.
Je ne fais qu’un copier/coller du blog que j’avais ouvert à cette occasion, sans rien changer même si des fois, je vous l’avoue, je préférerais partager ce périple avec les 10 années de recul que j’ai aujourd’hui mais ce ne serait pas la réalité. Pour le petit scoop, même si nous ne savons pas de quoi la vie est faite, nous prévoyons de remettre le couvert ! Nous sommes partis il y a 10 ans, le jour des 30 ans de Jérôme, nous partirons donc le jour de mes 40 ans ! 
 

 

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