ROAD BOOK TOUR D’ASIE 2008-2009 / PART 17 / LAOS, le nord.

06/02/2009 – Bangkok/Vientiane – LAOS.

Benhhh… C’est-ce qu’on avait dit : Fini les vacances !!! Allez 14h de train dans les dents !! On s’était dit aussi : Fini les bus de nuit, assis on dort pas, c’est pas la peine !! Alors on a opté pour le train. Mais plus de couchettes !! Sièges inclinables, ça vous va ?? On a le choix ??

Non !!

Nous arrivons donc à Nong Khai, la ville frontière thaïlandaise, sur les coups des dix heures, après une longue et fatigante nuit de train. A peine sortis du quai, on cherche à nous faire monter de force dans un tuk-tuk. Mais qu’est-ce que c’est que ces manières, mon gars, c’est moi qui décide si je monte dans ton engin ou pas. Et je décide que « pas » !!

Que ça nous énerve ces façons de faire, te faire croire que tu n’as pas le choix. Mais si on a le choix !! La preuve, on y va à pieds à vôtre pont de l’amitié !! C’est à juste un kilomètre !! 60 baths, non mais ils ont peur de rien !!

 

Le passage de la frontière nous prend bien deux bonnes heures bien tassées. Mais aucun souci, nous avons nôtre vignette avec écrit en tout petit « one month », c’est bon, tout se passe comme prévu.

 

Vientiane est à une vingtaine de kilomètres, nous nous laissons cette fois embarqués dans un tuk-tuk après avoir négocié le prix de moitié.

En personnes fatiguées et affamées, nôtre programme est simple. Trouver un hôtel, changer des sous, manger et dormir !! Mais quelle surprise, tout a triplé en deux ans, pas de chambre à moins de 7 euros !! Et le pire c’est que sur toutes les portes des guesthouses est affiché « FULL ». Nous en trouvons deux à force de persévérance l’une en face de l’autre, le même tarif. Nous visitons la première. L’abus !!! Un cagibis, sans fenêtre, sans ventilation, un lit pour une personne et demi et ça vaut sept euros ça ??? Je t’en donne deux euros pas plus !!! Nous allons visiter le deuxième se disant que ça risque d’être pareil, mais pire c’est pas possible !! Et bien bonne surprise ! Une grande pièce, deux fenêtres, deux lits, papier toilette, bouteille d’eau minérale, rien à voir même si ça reste très cher pour un pays dont 75% de la population vit avec moins de 2$ par jour.

Jérôme tente d’entamer une négociation mais nous ne récoltons qu’un éclat de rire du patron !! Oui on sait, tout est complet mais c’est vraiment trop cher !!

 

Deuxième partie du programme, changer nos baths. Nôtre deuxième surprise !! Après lui avoir donné nos 14 OOO baths (environ 3OO euros) nous nous retrouvons avec plus de 3 OOO OOO de kips et le tout en coupures de 1O OOO kips. Nous nous retrouvons multimillionnaire, les poches remplies de liasses de 2 cm d’épaisseur !!

Troisième partie, manger !! Les prix ont triplé également, un plat de riz amélioré que nous payons habituellement dans les autres pays moins de un euro est affiché ici à 2€. L’estomac de Jérôme en réclame trois des plats comme ça pour être rassasié !! Oups !!

Nous nous attardons sur les prix exorbitants d’une carte quand le serveur qui semble avoir décelé nôtre désappointement arrive et nous dit : half price !!! Benh il fallait nous dire que c’était les soldes !!! Nous mangeons là mais sérieux c’est un peu abusé !! Nous regardons les autres touristes manger, les pauvres, s’ils savaient que nous payons la moitié du prix. Et si on savait combien paye la table de Lao là bas !! Il y a vraiment de l’estampe dans l’air !!!

Notre arrivée à Vientiane au Laos.Millionaire à Vientiane, Laos.

 07/02/2009 – Vientiane – LAOS.

Ce matin, petite balade dans le marché de Vientiane. Il a été extrêmement facile à trouver. Vientiane est en réalité un gros village en bordure du Mékong, se repérer est un jeu d’enfant.

Dans le marché, stands d’antiquités, d’électroménager, de vêtements occidentaux et traditionnels, stands de Lao lao, le whisky local, où macèrent serpents (cobras), scorpions et crapeaux, stands d’épices, de riz, de café…

Couleurs, odeurs et surtout sourires et Sabaidee. Comme ils sont agréables !!! Comme la vie parait simple et paisible ici !! Je suis déjà sûre de tomber rapidement sous le charme de ce pays.

Nous continuons nôtre matinée en nous laissant porter par nos pas, sans réfléchir où l’on va, sans itinéraire, juste marcher, s’égarer pour le plaisir.

Il est facile de sentir la présence de nos vieux, de sentir l’Indochine française. D’abord les stands de baguettes où l’on peut se faire préparer un sandwich au pâté Lao ou à la vache qui rit. De vraies baguettes comme chez nous, croustillantes, à la mie blanche et légère. L’architecture des maisons. Et au détour d’une rue on tombe sur une coccinelle datant de l’avant guerre.

Des baguettes de pain à Vientiane au Laos.

 

C’est en nous baladant que nous tombons aussi sur Françoise et Michel, un couple atypique que nous avons rencontré sur Bangkok. Ils ont une petite soixantaine d’années, grands baroudeurs invétérés !! Quand nous les avons rencontrés sur Bangkok on avait été frappé par la tchache de Michel, il ne s’arrête jamais, que ce soit pour dénoncer le système ou pour t’expliquer l’origine de telle ou telle chose !! Révolté, engagé et passionné !! Et Françoise… une petite fleur resplendissante !! Des petits yeux remplis de malice, un sourire qui appelle à la tendresse et le punch d’une gamine de vingt ans !! Alors quand on voit apparaître au coin de la rue leurs ganaches de lutins sortis des bois, on gueule : Françoiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiise, Michèèèèèèèèèèèèèèèèèèl !!!

Et nos petits lutins se retournent et c’est les retrouvailles qui se terminent vite devant un bon café lao.

« – Bon alors qu’est-ce que vous faites ??? nous demande Françoise.

– Benh, on sait pas trop on a très envie de partir au plateau de Boloven dans le Sud mais c’est dommage de ne pas profiter du nord.

– Nous on part ce soir pour le nord, on va se louer une petite moto là- bas. Si vous voulez venez avec nous.

– Non, on a payé la chambre pour ce soir… et puis merde on avait pas dit qu’on faisait un voyage au fil des rencontres ??? Allez pourquoi pas !! Au fond pourquoi se bloquer pour 7 € ??? »

Et c’est comme ça qu’on se retrouve avec Françoise et Michel dans le bus de nuit pour Luang Prabang.

Quand nous arrivons à la gare il ne reste plus que quatre places au fond du bus entre les bagages hétéroclites de tous les passagers. Pour nous installer nous devons faire preuve de souplesse en escaladant les rouleaux de lino, les sacs de riz, le matelas qui est entreposé dans l’allée. Coincés sur nos places au milieu des bagages, on ne nous voit plus et on ne voit plus personne !!! La nuit risque d’être longue !!

Le Mékong, Vientiane, LaosVientiane au Laos.Les rues de Vientiane, LaosBallade à Vientiane, Laos.

08/02/2009 – Luang Prabang – LAOS.

La nuit a été longue !! Nous avons dormi, mais très peu. A trois reprises j’ai été réveillée par un sac qui m’est tombé sur le coin de la gueule et une autre fois par le bonhomme qui s’est complètement affalé sur moi. Il s’était installé pour le trajet sur le monticule de bagages et le tout s’est écroulé sur moi en plein milieu de la nuit.

Arrivés à Luang Prabang, nous nous retrouvons à six pour entamer la négociation avec les chauffeurs de tuk tuk. Julie et Guilhem ont rejoint le convoie. Deux autres jeunes, qui profitent de l’argent qu’ils ont gagné en Australie pour voyager.

Luang Prabang est la deuxième ville du pays. Deuxième gros village du Laos. Etablie au confluent du Mékong et de la Nam khan et entourée de montagnes, la ville est délicate, parfumée par les allées de frangipaniers, colorée par les massifs d’euphorbes et de bougainvilliers, par les teintes safran des robes des moines et moinillons, ou encore par les peintures des maisons datant de l’époque coloniale. La ville est certes très touristique, certains diraient trop, mais je trouve qu’elle a su conserver un charme et une douceur de vivre très loin des zones très touristiques que nous avons pu voir en Thaïlande ou ailleurs, le béton n’a pas encore envahi la zone. Nous visitons la ville en groupe, avec les commentaires et les anecdotes de Françoise et Michel qui sont venus à plusieurs reprises ici dès 1996, peu de temps après l’ouverture du pays au tourisme. Quand on voyage en groupe, c’est super pour casser la routine qui peut s’établir dans un couple, mais on a tendance à s’isoler, à rester en groupe. Hors Luang Prabang appelle à s’attarder et à discuter avec une petite vendeuse de poupées chinoises, ou avec un petit papy qui a hérité des colons la maitrise de la langue française, ou encore à passer l’après-midi à jouer avec les moines dans la rivière ou juste à contempler ce qui nous entoure. Aujourd’hui, même si je suis très heureuse de ces nouvelles rencontres, même si je sais que nos discussions sont aussi enrichissantes que mordantes, le groupe me pèse, je n’ai pas envie de discuter politique, économie, mondialisation ou autres sujets de société, j’ai juste envie de regarder.

Alors j’écoute d’une oreille les discussions du groupe et je regarde la vie qui défile autour de moi du coin de l’œil.

Fin de journée à Luang Prabang.Une fin de journée à Luang Prabang, Laos.09/02/2009 – Luang Prabang – LAOS.

Aujourd’hui la journée est plus simple, comme je la souhaitais. Peut-être parce que le groupe s’est réduit, Julie et Guilhem étant partis de leur côté pour une excursion à une cascade des alentours.

Peut-être parce que nous n’attrapons pas la perche tendue par Michel pour discuter, interpréter, analyser la société de consommation dans laquelle nous vivons.

Mais c’est nous qui lui en tendons une dans le but de recevoir leurs témoignages, leurs connaissances sur ce pays fascinant. Nous passons la journée à nous émerveiller devant des sourires gratuits, devant la candeur des moinillons qui jouent à toucher/couler dans la rivière. Devant le travail qu’a demandé le tissage de cette étole. Devant la vie qui s’écoule simplement devant nous. C’était vraiment une belle journée.

Les jolies maisons de Luang Prabang, Laos.Luang Prabang, Laos.Moines jouant dans l'eau, Luang Prabang, Laos.Jolie maison à Luang Prabang, Laos.

10/02/2009 – Direction Luang Namtha – LAOS.

300 kms nous séparent de Luang Namtha où nous avons prévu de commencer nôtre périple à moto. Cette fois nous sommes arrivés de bonne heure à la gare pour réserver nôtre place dans le bus. Pas de monticules de bagages aujourd’hui, juste un scooter dans l’allée et deux autres sur le toit. Après nous être enfilé nôtre soupe et nôtre sandwich au pâté achetés à la gare, nous voilà prêts à passer 10 heures dans le bus sur la route cahoteuse qui relie Luang Prabang à Luang Namtha.

La route est sinueuse mais plaisante. Le Laos défile devant nos yeux, tel un sucre d’orge que nos mères garderaient précieusement avant la fin du dîner. Je ne peux pas encore y toucher alors je le regarde et le respire. Il a beau faire frais, je m’attarde à garder la fenêtre ouverte. Toucher du nez les odeurs des fleurs de canne à sucres fraîchement coupées qui sèchent le long de la route dans l’attente d’être chargées dans la beine d’un camion chinois pour être déportées dans une manufacture de balais. Toucher du nez l’odeur humide des parcelles de forêts primaires encore intactes. Ou l’odeur de carbonisé dûe à la déforestation massive. Toucher du nez la terre fraichement labourée par cette petite paysanne qui verra à l’emplacement de son lieu de cueillette surgir une armée d’hévéas. Toucher du nez l’odeur des toits de paille et regarder la vie qui s’y écoule dessous.

Déforestation, nord du Laos.

Regarder la marmaille, ces gangs de défroqués s’amuser de petits riens, un bâton, un bout de papier qui s’est échappé d’un bolide pour touristes ou la fameuse chambre à air en guise de radeau.

Répondre d’un geste de la main aux « Sabaidi » lancés dans un même élan…

Ahhh la la Laos Laos j’ai hâte de te croquer !!!

Marché, Laos.Au départ de Luang Prabang, Laos.Marché, Laos.Vendeuse d'agrumes, Laos.12/02/2009 – Luang Nam Tha/ Muang Sing – LAOS.

En piste ! Les motos sont louées !! Les casques colorés sur la tête !! En piste pour la grande vadrouille !!!

Petit arrêt à la station essence. Les ennuies commencent !! Nôtre moto ne veut plus démarrer !!! Benh c’était chouette cette virée !! Michel repart cherché le loueur de moto mais bien entendu, quand il arrive et qu’il tente de démarrer la bête, ça marche, elle se met de suite à grogner !!! Il doit vraiment nous prendre pour des cons !!

Découverte du Laos en moto.Prêts pour un road trip au Laos.

On a peut-être fait 10 kilomètres lorsque c’est celle de Françoise et Michel qui fait des siennes !! Crevaison !!! Heureusement pour nous juste devant un petit village. Les villageois arrivent rapidement à la rescousse. C’est parti pour l’atelier mécanique. Les hommes s’affèrent, démonter trop  facile !!! Mais au moment de remonter ahhh benh c’est pas la même !! La réparation durera deux heures en plein cagnard. Le temps de nous amuser avec les gamins !!! Les talents humoristiques de Michel font fureur et déclenchent de véritables crises de rire autant du côté des enfants, que des adultes !!! Un vrai clown ce Michel !! Tu n’existerais pas, il faudrait t’inventer !!!

Les laotiens à la rescousse.

Road trip à motos dans le nord du Laos.

Nous reprenons donc la piste à midi, au bord de l’insolation. Pas de gargotes avant Muang Sing, il faudra patienter avant d’avaler quelque chose.

L’harmonica de Neill Young résonne dans mes oreilles pendant que je me désole devant un tel génocide !! C’est un massacre !! Les forêts primaires sont exterminées !! Le paysage dénudé !! La biodiversité achevée !! Florissant ou horrifiant partenariat économique entre le Laos et la Chine !!!

Quelques zones, 10% au total sont soit disant préservées mais entre les textes et la réalité, le fossé est grand !! Peu de moyens, pas d’argent pour employer suffisamment de gardes forestiers et le peu qu’il y a sont corrompus. La population est mal ou pas informée sur les répercussions d’un tel massacre et deviennent à la fois d’innocents collabos et les premières victimes !! Les plus grands autour en profitent !! Ça me colle la gerbe !!

Nous arrivons à Muang Sing à 14h30. Et sommes accueillis par des mamies Akhas qui tentent dès nôtre arrivée de nous refourguer leur hachich, opium ou bracelets de graines. Françoise et Michel les connaissent bien, ils viennent ici pratiquement tous les ans et même parfois plusieurs fois dans l’année. Ils nous avaient prévenus : « Elles ont du caractère !!! » Je vois oui !!! Elles s’accrochent, nous massent pour nous amadouer !! Déballent, remballent et réemballent et déballent et réemballent leurs panoplies de graines, de broderies. Font de grands sourires, peu complexées par leurs dents couvertes de tabac à chiquer et de bétel. Non seulement elles ont du caractère mais elles sont aussi chaudes comme de la braise !! Leurs grandes questions (elles ne parlent pas anglais les discussions sont mimées), qui est avec qui ?? Reconstituer les couples !! Ça les amuse beaucoup !! Et quand elles ont leur réponse, chacune nous explique si elles font frotte-frotte ou pas. Le mien est parti avec une autre femme, sept ans que j’ai pas fait frotte-frotte. Françoise et Michel nous raconte qu’ils sont déjà venus avec leur fils et qu’une des mamies lui a carrément demandé de faire frotte-frotte !! Chaude comme la braise ces mamies !! Nous rigolons beaucoup aussi quand elles nous miment le nombres d’enfants qu’elles ont eus. Le geste est simple et bref !! Elles écartent les jambes et Psshhitttt !!! Pour elle, quatre psssshiiit !!! Quatre enfants, pour moi qui suit en face quatre volées de postillons colorés de morceaux de bétel !!! Hummmm !!!

Nous mangeons accompagnés de nos sulfureuses mamies Akhas, leur promettant de leur acheter des bracelets le lendemain !!!

Mamie Akha, Muang Sing, Laos.Accueil par les Akhas à Muang Sing, Laos.

 

Mais l’entrée en matière ne s’arrête pas là !!! Après nous être installés, nous reprenons la moto, Françoise et Michel veulent nous emmener boire un verre quelques kilomètres plus loin. Sur la route, nous recroisons trois de nos mamies Akhas. Elles ne nous laissent pas le temps de leur proposer de les ramener qu’elles sont déjà en train d’enfourcher les mobylettes !! Allez benh on va au village !!

Ilou, une de celles qui ne fait plus frotte-frotte, a rapidement choisi sa monture. Au déjeuner elle faisait du gring à Jérôme, la voilà derrière moi les mains accrochées aux abdos de « MON » chéri et c’est qu’il dit rien le coquin !!!

La progression est lente mais prudente. Vu la route qu’elles parcourent à pieds, je comprends mieux pourquoi elles s’attardent autant à vendre leurs marchandises !!! A plusieurs reprises nous devons traverser des cours d’eau, nous obligeant à descendre et à faire la traversée à pieds pendant que les mecs traversent avec la moto. Dans les cours d’eaux, des gens se lavent, d’autres font la lessive ou la vaisselle. Les enfants jouent, ne manquant pas de nous tendre les mains pour nous aider dans nôtre traversée. Ils sont trop mignons !! Nous arrivons enfin en territoire Akha !!! Sur nôtre passage nous déclenchons l’insolite pour ceux que nous croisons et la fierté de nos mamies !! Arrivés au village, comme si le mot était déjà passé, « des étrangers arrivent », nous sommes rapidement encerclés. Nous sommes les bienvenus !!! On nous fait visiter les maisons sommaires, des huttes de bambous et de paille avec pour seul agrément un bloc de ciment pour faire du feu et une natte au sol. Pas d’électricité, pas d’eau courante. Sommaires n’est donc sûrement pas le mot !! Une mamie s’installe à son métier à tisser pour nous montrer son travail. Les gamins cherchent nôtre attention et c’est parti pour la guili party !!!

Le soleil est déjà en train de se coucher et nous devons partir rejoindre la grande route avant la nuit !!! Nous repartons sous les Sabaidee du village. Quelle entrée en matière !!!

Village Akhas, nord du Laos.Démonstration de tissage chez les Akhas. Nord Laos.

13/02/2009 – Muang Sing et ses environs – LAOS.

On ne sait plus !!! Cet endroit est fascinant !!! On avait prévu de rester juste quelques jours dans le nord mais là, sincèrement, comme dirait Françoise : « On se tâte !! »

Nous avons visité encore plusieurs villages et toujours le même accueil, les gens sont d’une gentillesse extrême. Aujourd’hui, des villageois, toujours des Akhas, nous ont invités chez eux. Ils nous ont donné à manger, à boire !! Nous avons bu, nous avons manger leurs morceaux de gras épicés, leur gentillesse mérite bien une bonne chiasse en retour !!

En fin d’après-midi, dans un autre village, le temps s’est arrêté lors d’une partie de billes sans billes mais avec des graines, partagée avec des gamines du village. Elles étaient trop choux !! Bizarrement, je gagnais sans mettre une graine dans le trou !!! J’ai provoqué plusieurs fou rires devant mon incompréhension et ma maladresse !!! Elles ont persévéré à me faire comprendre les règles et j’ai quand même réussi à faire quelques parties proprement !!

Pendant ce temps, Jérôme et Guilhem se sont laissés tenter par une partie de Kàtâw, un mélange entre le football et le volleyball, avec une balle  formée de rotin tressé.

Julie, Françoise et Michel, ont discuté (mimé) avec les villageois. Comme je le disais plus haut, le temps s’est arrêté, j’aurais pu rester des heures à m’amuser avec ces petites graines !!

Alors, aujourd’hui on se tâte !! Allons nous dans le sud à la rencontre des planteurs de café ou restons nous dans le nord ??

14/02/2008. Bonne St Valentin mon Valentin !!! (Petit clin d’œil à mes anciens collègues de boulot)

La nuit porte conseil !!! C’est-ce qu’on dit non ?? J’en sais rien mais nous avons pris nôtre décision… on descend, mais en stop !!! Une autre manière d’approcher la culture lao, un autre moyen de se déplacer.

Le départ est fixé à demain, le groupe se sépare, trois directions différentes.

Françoise et Michel continueront leur périple à moto dans le nord.

Julie et Guilhem iront à l’ouest en direction du Viêtnam, et nous vers le sud.

15/02/2009 – Luang Namtha/ Udomxay – 115 km – LAOS.

Nous partons tout excités !! Michel nous a proposé de nous emmener à tour de rôle sur la route d’Udomxay qui est quand même à 9 kms du centre ville. Mais non !!! Nous sommes décidés à faire du stop !!! Nos premiers gestes sont hésitants. Nous voyons défiler les pickups, les camions, mobylettes !! Nous accentuons les mouvements de bras. Ca marche, un camion s’arrête, il peut nous déposer à 1km… c’est déjà ça !!!

Une autre voiture s’arrête, un jeune couple, mais ils rentrent chez eux à à peine quelques mètres. Ils nous proposent de nous porter jusqu’à la route d’Udomxay. Parfait et bien voilà, les doigts dans le nez !!!

Avec nos gros sacs, on doit faire de la peine, à plusieurs reprises on nous a proposé de nous arrêter boire un verre. Ahh ces Lao, cette gentillesse !!!

Arrivés sur la grande route, c’est pas la même !!! Pas de voitures !! A peine quelques mobylettes !! Alors quand nous voyons à l’horizon un camion, une voiture enfin un objet à quatre roues, on le prend pour nôtre sauveur. Et quand il passe sans même ralentir, on commence à se dire, c’est pas gagné !!! Alors on marche sous le soleil, on transpire, on se vide et on se souvient de cette réflexion qu’on se faisait dans les Annapurnas : « l’eau c’est la vie » !!! Deux heures qu’on marche et peut-être trois voitures…  Nous recevons la visite de Françoise et Michel qui nous proposent de nous ramener. Non, non, non !!! On va s’acharner, ça y est, on est dans nôtre truc, on veut descendre en stop !!! Têtus ces jeunes !!!

Et c’est une demie heure après que le coup de bol arrive. Un petit van, nous agitons nos menottes, faisons le geste du Sabaidee… Il s’arrête !!! Udomxay ???? Yes !!! Ohhhh thank you thank you !!

Le type a une cinquantaine d’années. Nous voici à bord du bolide. J’arrête rapidement de lui poser des questions !! De une il ne comprend absolument pas l’anglais et de deux  il se retourne à chaque fois oubliant de regarder la route et frôlant l’accident !! On va le laisser concentré !!

Il est fou ce type !!! Même Jérôme me dit que sa conduite lui fait peur. Ok, on ne croise pas grand monde sur la route mais quand même !!! Va si que je roule à gauche en plein virage, rien à foutre des nids de poules et dans les villages… une poule y est passer !!! Visiblement il cherche des passagers de temps en temps,  ralentit, braille par la fenêtre et repart. Deux écoliers rejoignent nôtre bolide le temps d’une petite dizaine de kilomètres. C’est dimanche, ils retournent au collège pour une nouvelle semaine. Et c’est là que nous comprenons que ce n’est pas gratuit !! Les deux gosses lui donnent des sous !!! Oups on risque de se faire allumer !!! Il faudrait pas que ça nous coûte plus cher que le bus quand même !!

Nous arrivons à Udomxay après deux heures trente de route éprouvante mais saints et saufs !!! Nous tendons à nôtre chauffeurs 30 000 kips ( le prix d’un billet de bus était à 32000 kips), il nous regarde d’un air peu satisfait et nous dit « For one ». Bon on a quand même gagné en comptant le tuk-tuk qu’on aurait dû prendre pour aller à la station de bus 24000 kips soit 2 €. Certes on a marché, on a sué, on a failli crever à plusieurs reprises !!! Mais si on voit le bon côté des choses, on a gagné deux euros, le chauffeur s’est payé son trajet et son coca et une famille mangera du poulet ce soir !!!

 

16/02/2009 – Udomxay – LAOS.

Ce matin on se tatait une nouvelle fois !! Est-ce que ça ne risque pas de nous coûter plus cher en faisant du stop ??? Combien de temps allons nous mettre ?? On boit un café dans la cour de l’hôtel quand je vois un jeune sortir de son bungalow et aller chercher quelque chose dans son camion. Il est aussi en train de boire son café, et, quand il nous voit, entame la conversation de lui-même. Il part demain pour Vientiane.

« – We can go with you ????

– Bien sûr, ça me fera de la compagnie !! »

Il nous dit qu’il a des livraisons à faire aujourd’hui et que si il ne finit pas trop tard, on partira ce soir. Nous lui faisons comprendre que nous n’avons pas trop d’argent en prévision !! Trop facile le stop !! Du coup, une journée de repos, le temps de faire la lessive et de taper le journal de bord sur l’EEPC.

 

18/02/2009 – Vientiane – LAOS.

9h45. Jérôme dort. Moi je lutte pour garder les yeux ouverts mais il faut écrire, ne pas une nouvelle fois se laisser déborder. Le type nous a posé un plan, nous ne l’avons plus revu, on l’a attendu pourtant…

Bref, c’était peut être un peu trop facile !!!

Motivés comme jamais, on reprend donc hier matin nos baskets North face. Cette fois-ci on tente de cibler les voitures. On prend uniquement les camions et les pick-up. La chance nous sourit rapidement. Un petit camion-benne. A l’interieur deux jeunes hommes et une jeune femme.

« – Where are you going ???

– Luang Prabang. »

Il s’arrête à mi parcours soit 100 kms plus loin, parfait !!

Nous nous chargeons, nous et nos sacs dans la benne remplie de cartons de clémentines, de nouilles de riz et de PQ. L’exercice est difficile, il ne reste pas beaucoup de place, nous obligeant à nous asseoir à l’extrémité de la benne les pieds dans le vide. On bouffe de la poussière mais c’est quand même vachement mieux que le bus !!

Dos à la route, à ciel ouvert, nous profitons du paysage. À chaque traversée de village c’est l’étonnement général !! Que font ces deux « falangs » à l’arrière d’un camion, à bouffer de la poussière ??

A une trentaine de kilomètres d’Udomxay, nous nous arrêtons pour faire grimper deux petites mamies chargées de leurs légumes et de leurs sacs de riz. Nôtre présence n’a pas l’air de les déranger plus que ça !! Nous nous entassons en prenant soin de ne pas écraser les clémentines. Je laisse mon confortable sac de patate à l’une d’elle et m’assoie sur le rebord de la benne avec Jérôme. Mamie patate s’accroche à mon bras en guise d’accoudoir et c’est reparti !!!

Quelques kilomètres plus loin, nous arrivons dans un marché. Je pense d’abord que nous déposons nos mamies ou les fournitures sur lesquelles nous sommes assis. Mais non !!! On vient chercher du monde et une bonne dizaines de cartons !!! Mais où allons nous mettre tout ça ???

Visiblement nous sommes les seuls à nous tracasser !!! Tout le monde se met à décharger et à recharger !! Un monticule de légumes, féculents et fournitures en tout genre s’entassent pour dépasser de bien un mètre du haut de la cabine. Quand nous sommes neuf adultes et deux bébés entassés dans le camion nous pensons que c’est fini… Mais non !!! Il faut porter également les deux dames du stand de soupe du marché et leurs ustensiles !!! Alors on s’entasse de nouveau, on entasse les sceaux remplis de vaisselle et c’est reparti !!

Bien évidement, vu l’état des pistes même si le tout est cordé, ça se casse la gueule !! Tout risque de nous tomber dessus d’un moment à l’autre. Un jeune est installé en haut du tas de marchandise, il voit bien que tout est en train de foutre le camp, il voit bien les pauvres femmes tenter de retenir un sceau par ci, un sceau par là mais personne ne dit rien et ne fait rien, on se contente de rigoler !!!

Une jeune femme est en train de faire de la purée de clémentines, je la vois s’enfoncer de plus en plus dans son carton d’agrumes qui lui sert de tabouret, un sceau lui scie la jambe, un sac a pris appuie sur sa tête et elle ne dit rien !!!

A un moment un sceau rempli de vaisselle tombe, cassant une assiette à nos pieds… je suis excédée par tant de passivité ou de conneries !!! Je prends donc le risque de me lever et montre qu’il suffit de ranger un peu !! Le jeune feignant s’y met aussi !! Benh c’est pas trop tôt !!! Ahhh c’est vachement mieux comme ça !!! Ahh ben oui on respire !! Ohhhh les pauvres clémentines !!

Après 3 heures de routes nous arrivons à Pak Mong. Tout le monde s’arrête, la course est terminée. Nous déchargeons nos sacs en s’inquiétant du tarif qu’on risque de nous demander. Et bien rien, le chauffeur ne veut rien !!! Ses clémentines sont fichues mais il ne veut rien !!! Jérôme s’empresse de me dire : « T’as vu, c’est le principe du stop, c’est gratuit !!! Hier, on a mal ciblé la voiture !!! »

Nous profitons de cette escale forcée pour avaler une soupe. Dans le village, nous sommes la curiosité, il ne doit pas y avoir beaucoup de touristes qui s’arrêtent ici. La soupe est délicieuse et copieuse, remplie de morceaux de lard bien gras, il nous faut une bonne demie heure avant d’y venir à bout !!! La reprise de la route promet d’être difficile après un tel festin !!! Mais il ne faut pas traîner si nous voulons être à Luang Prabang ce soir !!

Décidemment la chance nous sourit aujourd’hui !! Nous avons peut-être marché à peine deux kilomètres, qu’un autre petit camion s’arrête et cerise sur le gâteau il va à Luang Prabang. A l’intérieur de la cabine, pareil que ce matin deux jeunes hommes, une jeune femme et un petit garçon de quatre ou cinq ans. Nous précisons bien que nous n’avons pas d’argent, que c’est pour cela que nous ne prenons pas le bus. Même si c’est faux, nous préférons donner un pourboire ou troquer des affaires que de se voir réclamer une somme astronomique.

La benne est moins chargée mais très poussiéreuse et en dix minutes nous sommes marrons.

A une vingtaine de kilomètre de Luang Prabang nous faisons une pause, le temps de tenter de faire connaissance avec nos hôtes. Ils ne parlent pas anglais mais on se fait comprendre deux trois trucs. On s’échange une clope, le briquet et surtout beaucoup de sourires comme il est de coutume ici !!!

Ils nous arrêtent à la gare nord de Luang Prabang. On décharge les affaires, on a prévu avec Jérome de leur donner 30 000 kips (3€), soit dit en passant plus d’une journée de salaire pour 75% de la population. Pas le temps de sortir le porte monnaie qu’un nous dit « Money, money ».  Nous lui donnons les 30 000 kips, il en veut plus !!! Il nous demande 100 000 kips !!! Il est fou lui !! Nous essayons de parlementer, en leur rappelant qu’on leur a dit qu’on n’avait pas d’argent, que le prix qu’il nous demande est cinq fois plus cher que le bus !!! Rien à faire !! Ils s’énervent !! La jeune femme qui était si souriante devient agressive et gueule : « Money ! Money !! » Je tente le coup de la tondeuse qui nous prend de la place pour rien étant donner que Jérôme a décidé de ne plus se raser !! Elle est neuve, on l’a achetée 10 euros au Népal !! Un des jeunes parait intéressé mais nous lui disons que c’est soit la tondeuse, soit 40 000 kips mais pas plus. Le femme nous menace d’appeler la police !! Ça commence à pas sentir très bon tout ça !!! Des badauds se rapprochent !! « Money ! Money !!!! » Bon mon chéri on va peut être arrêter de faire les coqs ??? Nous craquons, nous nous adressons au jeune intéressé par la tondeuse. « – La tondeuse and 40 000 kips ok ????

– Ok !! »

Il parait content, la jeune femme continue à gueuler : « Money ! Money ! »

Je veux bien c’est rigolo de s’asseoir sur des sacs de patates, de risquer de crever parce qu’on est tombé sur un frapadingue du volant, de bouffer de la poussière toute la journée, de passer toute la journée en plein cagnard mais là c’est franchement con, c’est en train de nous coûter plus cher que le bus !!!

On arrête les dégâts ??? Allez on arrête les frais !!!

Tant qu’à en chier, vu qu’on est à la gare routière, on part direct pour Vientiane ??? On économisera au moins le prix d’une nuit d’hotel !!!

Et voilà comment ce matin, on se retrouve à Vientiane à 5h30 du matin après 8 h de benne et 11h de bus, le tout en pleine montagne !! Mais à 5h30 tout est fermé !! Alors on se dit, on va au centre à pieds, c’est juste à  5kms.

Arrivés à Vientiane c‘est la même galère qu’il y a quinze jours !! Tout est complet ou hors de prix !!! Jérôme me dit : « On enchaine !! On part à Pakse ?? » C’est à juste 16h de route au sud !!! Ok mais on trouve une guesthouse au moins pour se prendre une douche !! On est trempe de sueur, et avec la poussière de la veille ça fait de la pâte, on sent franchement la mamie Akha !!

On est en train de se décider à enchainer et là un petit panneau « Guesthouse à 30m ». Le panneau indique une toute petite ruelle cachée derrière un arbre. Ahhhh, je sais pas pourquoi je le sens bien !!!

La jeune femme nous annonce à la réception plusieurs tarifs dont 60 000 kips !!! Le moins cher qu’on est vu jusqu’à présent sur la capitale !! Tout vient à point à qui sait attendre !!

Lire les autres ROAD BOOK Tour d’Asie 2008-2009

 

À PROPOS : Nous avons eu la chance de réaliser ce fabuleux périple il y a plus de 10 ans. Nous sommes partis mon compagnon et moi durant une année sur les routes asiatiques sans savoir ce que le voyage allait faire de nous. Aujourd’hui, nous savons ! Des Bourgeons sur le Bitume n’aurait certainement pas éclot sans cette intense et déroutante parenthèse. Il était évident pour moi de partager cela avec vous tant cela fait parti de notre ADN.
Je ne fais qu’un copier/coller du blog que j’avais ouvert à cette occasion, sans rien changer même si des fois, je vous l’avoue, je préférerais partager ce périple avec les 10 années de recul que j’ai aujourd’hui mais ce ne serait pas la réalité. Pour le petit scoop, même si nous ne savons pas de quoi la vie est faite, nous prévoyons de remettre le couvert ! Nous sommes partis il y a 10 ans, le jour des 30 ans de Jérôme, nous partirons donc le jour de mes 40 ans ! 

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