Road Book Tour d’Asie 2008-2009 / part 15 / L’Inde, le désert du Thar.

25/12/2008 – Jaisalmer – Inde.

Joyeux Noël !!! Les galères de transport reprennent !! Nous sommes partis à la gare dans l’après-midi pour réserver nôtre train qui nous conduira à Delhi pour prendre nôtre avion. Nous comptions partir le 30 et arriver le 31 pour éviter de séjourner sur Delhi. Le guichetier prononce ce mot qui résonne encore dans ma tête : « FULL »

Il nous propose de nous mettre sur la liste d’attente du 29, ne nous garantissant rien. Tous les trains sont complets !!! Nous les prenons sans trop comprendre en quoi consiste la liste d’attente, de toute manière nous n’avons pas le choix, on verra !!

Nous retournons voir Ali, le gars à qui on a acheté une tenture hier. On lui montre le ticket pour voir ce qu’il en pense. Il nous rassure, nous disant qu’il n’y a pas de raison qu’on n’ait pas de place, si Ali le dit…

Ali est un vendeur de tapis et comme tout vendeur de tapis il essaye de t’arnaquer et en beauté !!! Il nous a alpagués hier dans la rue et cette fois-ci nous avons accepté avec plaisir son invitation pour boire un chaï !!! Nous avons discuté au moins deux heures dans l’arrière-boutique et j’ai fini par lui parler du business indien qui m’exaspère, lui disant qu’en France je suis souvent écœurée par ces vendeurs sans scrupules qui ne pensent qu’aux statistiques. Mais qu’en Inde c’est l’apothéose !!! Que je ne comprends absolument pas cette manière de vouloir prendre les clients en otage, jouant avec leurs sentiments… Cette manière de chercher à les berner pour mieux les enculer !!! Nous avions deux discours complètement opposés, moi prônant la sincérité et lui prônant la charité !! Disant qu’il n’a pas le choix, qu’il a une grande famille à nourrir, qu’il faut que nous les comprenions. Un discours de sourd, le décalage est trop grand, je ne vois même pas pourquoi j’ai tenté d’aborder ce genre de discussion !!! Pour qui je me prends sans déconner ??!! Mais c’est vrai que ça m’exaspère d’entendre parler à longueur de journée de « karma », de les voir dépenser beaucoup d’argent dans tout ce qui est religieux afin d’avoir un bon karma, de dépenser des milliers de roupies dans tous ces apparats parce que c’est la tradition. Et d’oublier son karma quand on se retrouve en face d’un touriste plein de fric !!! Mais mon raisonnement est tellement facile, que ferais-je à leurs place ?

En bon vendeur il a fini par me déballer ses tapis. Nous n’étions pas venus dans l’idée d’acheter quelque chose et surtout pas dans l’idée de dépenser plus parce ce gars est sympathique, qu’il a vraiment besoin d’argent et que nous sommes ses seuls clients de la journée !!!

Mais…

« C’est vrai que cette tenture est très jolie !!! » Je lui demande alors combien il la vend. 1350 roupies me répondit-il sûr de lui !!! Du tac au tac je lui réponds que son prix est bien trop excessif et que je ne lui en donnerais pas plus de 300 roupies !!! Je suis, à ce moment là, exaspérée, nous avions parlé pendant deux heures, il aurait dû se douter qu’il n’avait pas à faire à une américaine trop pressée pour compter !!! Sans déconner il a quadruplé le prix, voir plus !!! Il reprend sa plaidoirie, je le stoppe : « Je ne t’achèterai rien !!! Tes prix sont bien trop élevés !! » Il me demande pourquoi alors, on est rentré dans sa boutique. « Et bien parce qu’on est deux touristes sympas et polis !!! » Il n’a rien eu à répondre à ça. Je ne pensais à aucun moment que j’allais repartir avec la tenture sous le bras mais quand il a insisté pour que j’augmente mon prix, je lui ai dis ok, pas de problème : 310 roupies. Et il m’a répondu : OK !!! Je n’en revenais pas !!! Tout s’est passé avec le sourire. Je ne lui en veux pas, pour preuve nous revenons le voir aujourd’hui mais franchement ce sont quand même de beaux enfoirés !!!

Les ruelles de Jaisalmer, Rajasthan, Inde.

Jaisalmer, Rajasthan, Inde.

Tapis du Rajasthan, Inde.

26/12/2008 – Jaisalmer – Inde.

Aujourd’hui, en jeune couple frais et dynamique, nous partons pour la visite de la citadelle. C’est juste une merveille, c’est sûr les indiens sont des artistes !!! Dans les petites ruelles étroites aux égouts apparents, il suffit de lever les yeux pour découvrir une merveille, les Havelis, ses petites maisons à étages, taillées et sculptées dans de gros blocs de grés ocre, entretenues tant bien que mal depuis des siècles !! Ici aussi c’est un désastre, nombreux sont les bâtiments en ruines, ou qui souffrent de fissures inquiétantes, sans parler des décharges aux pieds des remparts… Depuis que nous sommes en Inde, je n’ai pas le souvenir d’avoir vu ne serait-ce qu’une poubelle si ce n’est une poubelle géante !! C’est vraiment dommage, l’Inde est un pays magnifique mais carrément pas mis en valeur. C’est peut-être ça qui plait à tant de voyageurs, c’est un pays à l’état brut !! Mais sincèrement, nous prenons peu de plaisir ici, nous sommes constamment sur nos gardes, ça en devient vraiment usant !! Il nous tarde vraiment les vacances à Bangkok.

Bref c’est ainsi, nous n’irons pas jusqu’à dire que c’est une mauvaise expérience… c’est une expérience !!! Qui je suis sûre laissera beaucoup de traces dans nôtre existence.

Des enfants jouant sur les toits de Jaisalmer.

Jaisalmer vue dans haut.

La citadelle de Jaisalmer, Rajasthan, Inde.

27/12/2008 – Désert du Thar – Inde.

Après de longues hésitations, nous nous sommes décidés à faire ce safari que vendent tous les hôtels et toutes les agences de la ville : nous parons dans le désert du Thar.

A 10H, nous sommes sur le bord de la route, à guetter l’horizon, à attendre de voir trois petites masses se dessiner au loin, nos dromadaires et Abdullah nôtre chamelier. Ils ne se sont pas fait prier. Les trois petites masses arrivent et grossissent à vue d’œil, jusqu’à nous dominer par leur grandeur. Ils sont là, imposants, habillés de linges éclatants.

Nôtre jeep nous abandonne dans les pattes de nos nouveaux compagnons. Abdullah fait asseoir ses gagne-pains, charge la nourriture et nos sacs dessus. Nous le regardons faire, intéressés par son entreprise. Lui est complètement désintéressé de nos gueules de touristes pleins de fric.

Jérôme panique un peu… Autant moi je panique devant un clébard galeux que lui ce sont bien les dromadaires qui le font flipper, chacun son trip !! Comme si Abdullah avait senti ses appréhensions, il me fait monter la première. Sûre de moi, je lève la patte afin d’enjamber le dos imposant de l’animal… je n’arrive qu’à lui foutre un gros coup de pied dans les côtes !!! C’est qu’il est grand le pépère !! Le deuxième essaie est le bon mais mon pauvre pantalon a décidé de me lâcher à ce moment-là !!! J’entends le crac de la déchirure, je sens mon postérieur se rafraîchir au contact de l’air. Abdullah n’a pas bronché, il n’a sûrement pas capté que je me retrouvais le cul à l’air sur son dromadaire !! Bien sûr je n’ai pas de change, je vais donc passer deux jours, le cul à l’air mais dans le désert du Thar ! Nous étions à la recherche du grand air, non…???

Pendant toute ma réflexion autour de la malchance qui vient de s’abattre sur moi et mon pantalon, Jérôme a vaincu sa peur et se retrouve tel un prince du désert sur sa monture. Nous voilà prêts pour la grande traversée… les cheveux et le cul au vent… Balancée de gauche à droite, je m’imagine dans la peau du petit berger andalou à la recherche de la pierre philosophale… Mais je déchante vite… Nous comprenons rapidement que bien qu’ayant choisi un tour « non touristique », nous sommes bel et bien dans une attraction pour touristes !! Le désert… t’as gagné !! En tout cas les ordures ne désertent pas elles !!! Je finis plutôt par m’imaginer dans la peau du petit poucet suivant les sacs plastiques qui jalonnent le sentier. Sous les détritus, des milliers d’empreintes de dromadaires. Aucun lopin de sable n’est épargné !!! Je n’ose imaginer à quoi ressemble le désert dans le tour « touristique » …

Le désert du Thar, Rajasthan, Inde.

À dromadaire dans le désert du Thar.

 

Après deux heures aux pas des dromadaires, nous arrivons au premier bivouac pour manger. Un deuxième chamelier nous rejoint avec son fils et une autre personne. Nous les regardons un moment chanter et préparer les chapatis au feu de bois, tentant de mémoriser ce savoir-faire pour l’importer dans nôtre appartement rue Charles de Bordeu. Ils leur faut une bonne heure et demie pour préparer avec soins nôtre repas qui se résumera à un Alu Ghobi ( curry de pommes de terre et de choux fleurs) accompagné des fameux chapatis tout chauds.

À l'ombre d'un arbre dans le désert du Thar.

Dromadaires dans le désert du Thar. Inde.

 

« Mais vous ne mangez pas avec nous ???

-Non, en premier les touristes. »

Nous insistons, rien à faire, nous avalons nos chapatis et nôtre Alu Ghobi sous les yeux de nos chameliers, ils ne partageront pas le repas avec nous. Encore une histoire de caste sûrement… ne pas se mélanger lors du repas !! Une fois régalés, nous les laissons manger tranquillement.

Je suis assise sur une racine à l’ombre d’un arbre en train de lire quand j’entends des voix monter au loin. Jérôme est debout devant moi en train de dépecer le désert du regard… les voix se rapprochent, ça chante de plus en plus fort !!! C’est quoi-t-est-ce ??

Une petite troupe de gamins cherchant du bois.

A peine arrivés, ils se jettent sur Jérôme pour un chant que nous connaissons bien, un mantra bien connu des gamins de ces contrées :  « One roupie… one pen… One roupie… One pen… » Ils sont une dizaine autour de Jérôme, ils ne m’ont pas encore vue. Je regarde le spectacle, amusée, bien tranquille sur ma racine. Les gamins lui tirent la manche, lui font de beaux sourires charmeurs… il répond « No, nothing !!! »

Fatigué, il se tourne vers moi et me dit : « Je te les envoie !! »

Me voilà repérée !!! Deux jeunes filles magnifiques s’assoient à côté de moi, les autres me font face. Leurs petites bouilles crasseuses à croquer s’offrent à moi. Je ne sais pas si c’est le soleil mais ils ont des yeux extrêmement clairs, magnifiques. Je suis hypnotisée !!

Tour à tour, ils me tendent leurs petites menottes, je leur tends les miennes. Nous échangeons quelques civilités avant qu’ils ne se jettent sur mes bijoux !!!

« Donne moi ça, donne moi ça, donne moi ça !!! »

C’est qu’ils sont virulents ces gamins, ils sont presque en train de m’arracher les doigts !!! Je fais pareil !! Je me jette sur la main d’une des gamines et essaye de lui arracher sa bague. Bien sûr elle retire sa main et se cache derrière les autres. Je la rappelle et lui dit sur un ton ferme : « It’s your ring, it’s my ring !! Ok ?? » Ils me lâchent les membres, arrêtent de piailler et me regardent avec curiosité. Mais je leur souris… ce qui fini par les décontenancer. Un gamin finit par rompre le silence et tente une dernière offensive : « One pen ? »

Un claquement de langue et un hochement de tête suffit !!!

Ce qui est triste, c’est que nous commençons à prendre toutes ces requêtes comme un jeu, mais ce n’est pas un jeu !!! Ces gamins sont pauvres, trop pauvres…

Ils ont peut-être un membre de leur famille qui travaille pour les touristes ou qui casse des cailloux pour la construction d’un nouvel hôtel mais sachant que 50 roupies par jour (70 cts) est un bon salaire dans le désert, je vous laisse imaginer ce que doit être la vie d’une famille avec toute une smala de bambins…

La nuit est tombée sur le désert du Thar, nous offrant un beau coucher de soleil. Les étoiles s’illuminent une à une, pour finir par illuminer la nuit.

Préparation de l'élu Gobi dans le désert du Thar, Rajasthan, Inde.

Préparation de l'Alu Gobi dans le désert du Thar.

Bivouac dans le désert du Thar.

 

Nous avons mangé un curry de choux et de courgettes et des chapatis. Autour du feu nous discutons avec Abdullah qui parle parfaitement bien l’anglais. Ali ne parle pas du tout la langue de Shakespeare, il reste en retrait. C’est dommage parce que nous avons envie de lui parler, il a vraiment l’air adorable. Abdullah est le chamelier, Ali le sous-fifre.

Sans prévenir, de l’ombre, sort une masse : Un bonhomme !! Il nous déballe son baluchon : bières, coca, fanta… Nous savons que les musulmans ne boivent en principe pas d’alcool mais nous proposons par politesse à nos deux amis de partager une bière avec nous. Et, ils acceptent sans hésitation. Mais quelle erreur !! On aurait dû penser à demander le prix avant. 100 roupies la bière et pas négociable !! Nous nous sentons engagés, pris au piège, deux jours de salaires, honteux… Le gars n’a pas de monnaie, allez benh donne nous en cinq !!! 10 jours de salaires !! Si j’avais pu, j’aurai fait « replay », revenir en arrière et tout effacer tellement je me sens honteuse avec nôtre portefeuille rempli de biftons de 500 roupies !!!

Ma honte se transforme en écœurement quand Abdullah nous dit de boire nôtre bière seuls, que lui doit partir au village avec les dromadaires pour les nourrir, qu’il la boira plus tard. Nous nous tournons vers Ali, lui veut la boire cette nuit… Mais bien sûr, vous nous prenez pas un peu pour deux cons ??? Nous aurions préféré vous donner un pourboire plutôt que vous offrir une bière si c’est pour la revendre !! Nous sommes dégoutés, Jérôme ne manque pas de faire remarquer que nous n’avons pas apprécié ce geste mesquin !! Nous buvons donc tous les deux nôtre bière au mauvais goût de tromperie. Abdullah s’en va. Après tout c’est de nôtre faute, nous n’aurions pas dû proposer de l’alcool à des musulmans !!!

Ali nous aide à installer nôtre lit, deux couvertures sur le sable déjà humide. Quelques mimes pour dire que c’est parfait, se souhaiter une bonne nuit et nous nous enfonçons dans nos duvets de plumes pour une nuit à la belle étoile. Mais quelles étoiles…

Coucher de soleil dans le désert du Thar, Rajasthan, Inde.

Coucher de soleil dans le désert du Thar.

28/12/2008 – Désert du Thar – Inde.

 Des nouvelles de mon pantalon, il ne va pas bien du tout !!!! Toute ma fesse droite est à l’air !!! J’ai fait une jupe avec mon écharpe, du coup je suis en train d’attraper la mort !!! Il fait trop froid, il est 7 h du mat, nous n’avons que très peu dormi, saisis pour le froid et l’humidité !!

Le petit feu du matin est appréciable, le chaï d’Ali bien accueilli par nos corps frigorifiés. Abdullah n’arrivera qu’à dix heures… nous laissant le temps d’apprécier cette matinée.

Réveil dans le désert du Thar.

 

Nous voilà repartis !! Enfin… demi-tour !!! Il nous faut deux petites heures avant de gagner le bivouac du déjeuner, au bord de la route… C’est fini, on mange, on se repose et la jeep viendra nous rechercher !! C’est un peu de l’estampe quand même !!! On nous l’a vendu comme étant un safari non touristique, à soit disant 60 kms de Jaisalmer et 20 kms de la frontière pakistanaise. Nous avons vu au moins une dizaine d’ infrastructures pour touristes, des centaines de poches plastiques, et, autour du bivouac de cette nuit Jérôme s’est retrouvé avec deux tampax usagés sous les orteils…

Nous avons fait peut-être 10 kms aller et 10 kms retour en dromadaire et sur le compteur de la jeep en arrivant à Jaisalmer, 40 km…

Le paysage était tout de même très beau dans le désert du Thar.

Un puit dans le désert du Thar, Rajasthan, Inde.

Indiennes au bord d'un puit, Rajasthan, Inde.

Chamelier et son dromadaire dans le désert du Thar.

Maison du désert. Rajasthan, Inde.

29/12/2008 – Jaisalmer – Inde.

Devant nôtre café, nous commençons nôtre bilan sur l’Inde, l’heure du départ approche, nôtre train pour Delhi est à 16 h.

Nous avons l’impression d’être passés à côté de l’Inde, la vraie, de n’avoir vu que les rouages du tourisme. L’impression d’avoir emprunté un chemin bien balisé pour touristes, menant de villes en villes, de temples en temples, de monuments en monuments, le tout dans un décor bien commerçant. Nous avons fait une ou deux rencontres désintéressées, mais uniquement dans les transports. Toutes les autres étaient soit un vendeur d’étoles de cachemire soit un cousin ou un frère d’un vendeur de bijoux !!! C’est sûr, nous sommes passés à côté !!!

Nous commençons devant nôtre café à parler pour nos prochains pays de ne pas acheter de Lonely planet ou de l’acheter et de s’interdire d’aller dans chaque coin qu’il conseille… afin d’éviter une nouvelle frustration !!!

Nous avons toute la journée à tuer !! J’ai envie de faire quelques achats mais je n’ai pas trouvé de boutiques où l’on ne m’alpague pas et où donc j’ai envie de rentrer !!

Nous errons de devantures en devantures, nous nous retrouvons en bas de la ville, perdus. Jérôme me suit et laisse mon instinct dicter le cap !!!

Je prends une grande rue à droite, me disant que si je reprends à droite et encore à droite on devrait revenir au point de départ… Ce qui me parait toujours logique… Mais non !!! Et je n’arrive toujours pas à comprendre comment on a pu se perdre comme ça !! Il n’y a plus aucune boutique, les rues sont désertes !! Nous sommes partis sans rien, pas de plan, pas d’eau, rien !! Même la boussole ne nous aide pas, c’est la première fois depuis le début du voyage que nous ne savons absolument pas où nous sommes !!! Il y a un grand escalier qui descend, je ne vois absolument pas pourquoi on descend étant donné que nous sommes censés être déjà en bas de la ville. Mais cet escalier descend, alors nous descendons. Nous arrivons dans un quartier, très coloré mais pas par les échoppes de textiles, par du linge, des saris qui sèchent au soleil. Des gens sont dehors en train de faire la lessive, de se laver ou de papoter. De nombreux gamins mais pas un qui nous demande une roupie, juste de larges sourires et des « hello ».

Nous nous arrêtons à l’intersection de deux petites ruelles et c’est là que nous faisons la rencontre de Sawar khan. Et quelle rencontre ??? Il sort visiblement de la douche, il avance vers nous en nous demandant :

« – Français ??

– Mais comment t’as deviné ???

– Ohhh, ça se voit de suite. Vous êtes perdus ??

– Oui. »

Après quelques échanges il nous indique la route mais ce regard bleu turquoise nous intrigue, nous réengageons la conversation.

Un type en voiture manque de nous écraser en voulant se garer, Sawar nous dit que c’est un brahmane (Prêtre, la plus haute des castes hindous) avec qui il a beaucoup de problèmes !!! Et c’est à partir de ce moment-là que nous comprenons à quel genre d’homme nous avons à faire.

Sawar appartient à la famille des musiciens de Jaisalmer. Comme tout musicien, il est intouchable, un hors caste. La 37ème et dernière génération de musicien du Maharaja de Jaisalmer. C’est lors de la rencontre avec Hilary Clinton, en visite au palais, que la vie de la famille prend un autre tournant. Sawar est alors âgé de 17 ans. Après l’invitation et l’aide d’Hilary pour venir jouer aux Etats-Unis, la famille s’enrichit considérablement. De plus en plus de concerts sont programmés à l’étranger.

Pour Sawar, une évidence : profiter de cette nouvelle notoriété pour changer la condition des intouchables !!

Aujourd’hui, l’association a ouvert la seule école pour intouchables de Jaisalmer, un musée sur les instruments où des cours et des concerts sont donnés gratuitement, une résidence pour artistes à l’extérieur de la ville et des locaux où des femmes transforment des emballages plastiques usagés en objets de décoration pour les vendre lors des concerts.

Depuis six ans, le nouveau combat de Sawar est l’ouverture d’un hôpital pour intouchables. Le terrain est acheté mais il est sans cesse trainé devant les tribunaux par les riverains de haute caste qui ne souhaitent pas voir se construire un tel bâtiment si impur à leurs yeux à côté de leurs maisons.

Sawar nous invite au concert de ce soir. Avec regrets nous lui disons que nous prenons le train de 16h. Il nous propose donc de nous faire visiter le musée et l’école.

Nous rentrons donc dans le musée qu’il ouvre juste pour nous. Aux murs, les instruments de ses aïeuls, des coupures de presse encadrées, un numéro spécial du magazine Géo sur le désert du Thar avec tout un article sur lui et sa troupe et les objets confectionnés par les femmes.

Nous nous installons sur un tapis et l’assommons de questions sur la vie des intouchables et sur la culture indienne. Nous lui faisons part de nôtre malaise devant cette culture tellement différente de la nôtre, devant ce système de castes encore ancré dans le pays bien qu’officiellement aboli par le Congrés depuis 1947, devant tant de corruption !!! Il répond à toutes nos questions, sans tabous, sans réserves !!!

Je lui demande pourquoi il n’est pas dans les guides touristiques, il nous répond d’un sourire blazé : « L’Office de tourisme !! Corruption. Seuls les hôtels, restaurants et infrastructures tenus par des brahmanes ou des rajputs sont dans les guides… »

Nous en apprenons en deux heures de temps bien plus qu’en 1 mois de voyage…

L’heure tourne, nous pourrions rester des heures à discuter avec Sawar, mais nous avons un train et un avion à prendre, c’est vraiment trop bête !! Nous n’avons même pas le temps de visiter l’école !!! Il nous montre juste en vitesse son temple, son trésor, sa caverne d’Ali Baba. !! Quand nous rentrons dans cette pièce, nous sommes éblouis mais ce ne sont pas des bijoux en or que nous avons devant les yeux mais des milliers de fossiles, sa passion !! Il y en a partout, bien répertoriés, classés par taille. Il en a plus de 6000 ! C’est lui-même qui les a tous trouvés dans le désert du Thar qui, il y a 160 millions d’années, était une mer qui couvrait tout le Pakistan.

Il est très difficile de quitter nôtre ami, une phrase revient sans cesse : « Mais pourquoi avons-nous croisé ton chemin si tard ??? » et lui rigole.

Avant de partir il nous dit : « -Quand vous reviendrez, venez me voir !!!

– Ne t’inquiètes pas, on y manquera pas !!! »

Nous repartons avec une toute nouvelle image de l’Inde, avec l’impression de l’avoir enfin palpée et avec le message d’espoir que j’étais venu chercher. Heureux d’avoir fait cette rencontre tardive !!! Et avec en tête, le projet de revenir et de continuer à découvrir tout le travail de cette association !!

Merci Sawar de nous avoir donné tout ce temps malgré ton emploi du temps bien chargé. Merci de nous avoir fait découvrir ton Inde et partager ton combat.

(Nous avons mis en lien la page du site web de l’Association)

 

30/12/2008. Delhi.

Décidément, c’est quand nous partons que nous faisons les plus belles rencontres !!! Après Sawar c’est toute une famille que nous avons rencontrée dans le train hier soir. Mona, Sukanta, Byasha, Chandan et leurs enfants. Une famille d’enseignants. Nous les avons rencontrés quand nous étions en train d’essayer de nous installer sur nos couchettes. Etant en liste d’attente et n’ayant pas assez de place pour donner une couchette à tout le monde, on nous fait partager chacun la couchette d’une autre personne. Pour ne pas mélanger les sexes, on nous fait partager deux couchettes avec un couple, moi avec la femme et Jérôme avec l’homme. Et c’est le même bordel sur 6 couchettes.

Visiblement, Sukanta ne souhaite pas nous voir séparés sur toute la durée du trajet. Il nous dit de nous asseoir ensemble et va parler à tours de rôle avec chaque couple séparés. Il réorganise tout le wagon pour que nous puissions chacun être avec notre paire. Un joyeux bordel qui porte ses fruits !!!

Très ouverts, nous passons une bonne partie de la soirée à discuter avec eux. Ils comprennent entièrement nôtre frustration face à un pays corrompu et pourri par le tourisme. Mais ils nous font aussi remarquer que c’est à nous de sortir des sentiers battus !!! Que nous avons choisi de visiter l’une des région les plus touristiques du pays, que nous n’avons pas vu l’Inde mais un spectacle pour touristes !!!

C’est décidé, fini les plans Lonely planet !!!

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À PROPOS : Nous avons eu la chance de réaliser ce fabuleux périple il y a plus de 10 ans. Nous sommes partis mon compagnon et moi durant une année sur les routes asiatiques sans savoir ce que le voyage allait faire de nous. Aujourd’hui, nous savons ! Des Bourgeons sur le Bitume n’aurait certainement pas éclot sans cette intense et déroutante parenthèse. Il était évident pour moi de partager cela avec vous tant cela fait parti de notre ADN.
Je ne fais qu’un copier/coller du blog que j’avais ouvert à cette occasion, sans rien changer même si des fois, je vous l’avoue, je préférerais partager ce périple avec les 10 années de recul que j’ai aujourd’hui mais ce ne serait pas la réalité. Pour le petit scoop, même si nous ne savons pas de quoi la vie est faite, nous prévoyons de remettre le couvert ! Nous sommes partis il y a 10 ans, le jour des 30 ans de Jérôme, nous partirons donc le jour de mes 40 ans ! 

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