Road Book Tour d’Asie 2008-2009 / part 14 / L’Inde, la suite.

14/12/2008 – Varanasi à Agra – Marudhar Express – Inde.

Nous avons cette fois opté pour nous faire acheter les billets… vu nôtre dernière expérience avec les trains indiens !!! Nous demandons à nôtre « grande folle indienne » non pas des billets de 1ère classe, faut pas pousser, mais pas loin !! On insiste : « Il est rapide hein ??? Express veut dire rapide ?? T’es sûr ?? » On se fait même accompagner jusqu’à la gare. Je vais un peu mieux aujourd’hui mais je suis encore trop faible pour galérer avec les chauffeurs de rickshaws.

Le train entre en gare, nous trouvons nôtre wagon. Pour trouver les couchettes c’est un peu plus galère. Une à chaque bout du wagon, ça c’est intelligent !!! Bravo et merci !!

Je guette les passagers de nos deux compartiments, prête à harponner la première personne seule pour faire un échange de place !! Je croise les doigts, petites étoiles venez à mon secours !!! Et la chance me sourit !!! Un touriste, la quarantaine et seul !!! C’est Jérôme qui se lance !!! Et le bonheur irradie mon visage !!! Nous pouvons nous installer !! Ce touriste est français, il nous rejoint pour bavarder. Un sacré baroudeur le gars !! Nous sommes en grande discussion très animée quand une espèce de grande conasse de touriste de je ne sais où arrive : « It’s my seat !!! » nous dit-elle sur un ton agressif. Qu’est-ce qu’elle veut la grognasse ??? Elle nous baragouine dans son anglais parfait qu’il y a un papier sur le quai, que tout le monde doit changer de place et nia nia nia et nia nia nia!!! Je lui réponds qu’il n’y avait aucun problème de place avant qu’elle ne monte dans le wagon !!! Jérôme et Christian vont quand même vérifier sur le quai !!! Ahh… ben elle a raison la grognasse !!! Oui mais quand même elle aurait pu faire preuve d’un peu plus d’amabilité !! Du coup on est tous dans le même compartiment, la conasse et son copain, Christian, et un autre touriste. Ils nous regroupent, touristes entre touristes, locaux entre locaux !!!

Christian est vraiment super, nous n’arrêtons pas !!! Et ça jacte et ça papotte, et ça rigole, pour en finir à rêver de… charcuterie et de beurre salé !!! De fromage et de bon pain !!! Oh… une fricassée de cèpes avec un bon vin… un poulet fourré aux trompettes de la mort !!! Et les girolles… et les coulemelles… et les pleurotes… muhhhmmmmmmmmm !!! Nous nous couchons sur nos banquettes, l’eau à la bouche, dans la tête nos souvenirs de cueillette de l’an passé.

15/12/2008 – Marudhar Express – Agra – Inde.

Nous n’avons pas fermé l’œil de la nuit !!! Le froid, l’inconfortable couchette, les allers et venues… A trois heure, nôtre wagon s’est fait prendre d’assaut !!! Du coup, nous partageons le bout de nos couchettes et nous nous retrouvons en position fœtale !!! Au sol, les gens sont couchés les uns sur les autres, c’est marrant !!!

Heureusement, le train est censé arriver à 6h15 !!! A 6h, nous réveillons tout le monde !! Mais à 6h15, nous sommes toujours en train de rouler !!! A 7h également !! 8h ! 9h ! 10h ! Mes pauses cigarettes aux chiottes, sont difficiles ce matin !!! Il me faut déjà enjamber les dizaines de personnes assises par terre, que des hommes !!! Je traverse, sûre de moi, j’écarte l’attroupement devant la porte des chiottes sous les regards gluants de mes amis indiens !!! Mais quel bonheur cette petite clope du matin !!! Ohhh les cons !!!! Ils m’ont enfermée de l’extérieur !!! Je gueule derrière ma porte :  « Ah Ah Ah !!! Very funny !!! » Ils finissent par m’ouvrir et tentent de me bloquer pour m’intimider. Je ne me laisse pas faire : «  Stop men, your game is very stupid !!! There is a lot of good persons in India but you, you are not good !!! Bad karma for you !!! Please, I want to go now !!! » Ils me laissent passer, sûrement impressionnés par mon anglais… et sans me décourager pour revenir si j’ai envie de fumer. Je ne vais pas les laisser me gâcher mon plaisir de nicotine !! Jérôme est prêt à tout pour manger. Moi, je suis prête à tout pour fumer !!! Oui, je vous l’accorde, ça craint !

A 11h, nous l’apercevons enfin !!! Il est là, on voit son imposante silhouette jaillir de la brume. Je suis toute émoustillée !!! Mon rêve, le Taj Mahal !!! « Oh toi, dont j’ai tant rêvé !!! »

Nous arrivons à l’hôtel avec 5h de retard !!! Vive les trains indiens !!! C’est vrai qu’il était express comparé au dernier qui a eu 9 h de retard !!! Mais nous sommes largement récompensés !!! Cet hôtel !!! Mais quel confort !!! Lit immense, oreillers moelleux, douche chaude à l’interieur, parfait !!! Et pour 200 roupies !!! Merci Dani de nous avoir négocié ce petit palace !!!

16/12/2008 – Agra – Inde.

Nous y sommes à l’aube. Légèrement rosé, les nuances sont douces, les traits parfaits !!! Il est splendide, délicat, vaporeux. Il est juste comme je l’imaginais, beau ! Le blanc de son marbre immaculé, sa symétrie parfaite, ses fleurs sculptées de milliers de pierres semi-précieuses, sa grandeur. Mais quelle folie Shah Jahan !!! Ça fait des années que cet acte d’amour me fait rêver, je savais au plus profond de moi qu’un jour on serait présenté, c’est aujourd’hui et avec Jérôme !!! Si je suis autant fasciné par ce lieux ce n’est pas pour cette performance architectural sous l’Empire moghol. Mais par toute l’extravagance, la folie et le désespoir qui poussa l’Empereur Shah Jahan à construire ce mausolée pour sa femme Mumtaz Mahal morte lors de l’accouchement de son 14ème enfant en 1631.

Les travaux aboutirent 22 ans après. 20 000 ouvriers furent employés. La légende dit que l’ Empereur fit tuer la femme de l’architecte pour que celui-ci ressente la même douleur et construise en conséquence un bâtiment à la hauteur de son désespoir. La construction achevée, il fit tuer l’architecte pour être le seul à pouvoir regarder le mausolée en pensant à sa femme. Il fit également couper les mains des 20 000 ouvriers, enterrant ainsi, le savoir faire développé autour du Taj Mahal. Malheureusement pour lui, il fut renversé peu de temps après par un de ses fils et emprisonné. Il ne put contempler le mausolée que de la fenêtre de sa cellule du fort d’Agra, jusqu’à la fin de ses jours.

Le Taj Mahal, Agra, Inde.

Le Taj Mahal, Agra, Inde.

Le Taj Mahal, Agra, Inde.

Le Taj Mahal, Agra, Inde.

Le Taj Mahal, Agra, Inde.

Le Taj Mahal, Agra, Inde.

17/12/2008 – Jaipur – Inde

« Jaipur » m’évoquait le nom d’une délicieuse glace onctueuse à la datte et aux épices que l’on prenait mon frère, ma mère et moi au glacier de Carrefour. Mon frère, à son image, me faisait partager ses connaissances : « C’est le pays des Maharajas, des princes, des princesses, des éléphants couverts d’or… » Un souvenir de gamine, mais naïvement c’est l’image que je gardais de cette ville, l’onctuosité et le raffinement de cette fabuleuse glace. Pour le trajet, nous avons opté pour le bus et nous avons bien fait. Pas de long retard, pas de train surbondé, peu de mecs aux regards gluants. Nous avons partagé les 6 heures de route avec Pinky, son fiancé Nishant et Mangal. Ce fût un régal que de partager ce temps-là avec eux. De partager les galettes de pomme de terre que la sœur de Mangal lui avait préparées et le Chaï de Pinky et Nishant. De partager un peu de nos vies. Nishant et Pinky tenaient à nous aider à trouver un hôtel dans nos prix qui leur paraissaient insuffisants pour Jaipur surtout en haute saison, tout étant apparemment complet. A l’arrivée, indiens comme touristes nous nous faisons harceler par les rabatteurs, chauffeurs d’auto rickshaws et autres. Ils sont teigneux, agressifs, plus qu’ailleurs !!! Pinky ne se laisse pas faire, c’est une jeune fille de 23 ans mais quel charisme, elle en impose !! Elle demande le prix des hôtels aux rabatteurs, 500 roupies, 600 roupies, 900 roupies, trop cher et elle les envoie paître !! Finalement, c’est Nishant et Jérôme qui partent à la recherche d’une chambre pendant que nous attendons autour d’un chaî. Une demie heure après, je vois la mine désolée de Jérôme et de Nishant revenir. Ils ont bien trouvé des hôtels mais ils ne veulent pas d’étrangers !!! Mais c’est quoi cette ville ??? Pour ne pas embêter nos amis, nous les remercions en leur disant qu’on a l’habitude et qu’on va finir par trouver quelque chose. Ils ont l’air fortement embêtés et finissent par nous quitter en nous disant, que si nous ne trouvons rien, de les appeler et qu’ils nous hébergeraient.

Nous nous retrouvons seuls face aux fauves !! Tout un attroupement se fait autour de nous, nous décidons d’aller au premier hôtel de la liste du Lonely planet, Devi Niwas même si les prix sont déjà chers. Nous négocions un rickshaw. Et d’un coup je me fous à gueuler comme une folle : « ça va pas la tête ??? » un abruti vient de me mettre la main dans le trou de balle avant de s’échapper en courant. Jérôme veut aller lui casser la gueule, les chauffeurs de rickshaws le retiennent. Je suis dégoutée, enragée !! J’avais pourtant mon sac à dos mais… Le chauffeur de rickshaw reprend son business… « et regarde mon livre d’or, t’as vu comment les gens m’aiment, et je suis pas cher, et regarde les photos de tous mes amis étrangers, et, et, et… » Tu nous emmerdes !!! Conduit et ferme ta gueule !!! Il finit par la fermer et nous laisser découvrir la ville à bord de son bolide. Ça grouille dans tous les sens, même en Chine, je n’ai pas vu un merdier pareil !! Dans la cohue, un mouvement de foule se crée, un papy vient de passer sous un bus, il ne bouge plus… Le chauffeur continue sa route en nous disant que la ville est très dangereuse. Ahhh… Bon… C’est pas la peine d’inventer des manèges à hautes sensations… venez à Jaipur faire un tour de rickshaw !!! Elle est où ma glace onctueuse ??? Vous êtes sûrs qu’il y a des palais encore ici ??? Nous arrivons à l’hôtel et comme quoi, nous avons quand même des petites étoiles bienveillantes au dessus de nos têtes… Il lui reste juste une chambre !!! Comme on est un peu sado-maso, une fois installés, nous repartons mais cette fois-ci à pied !! J’ai l’impression d’avoir parcouru 15 km quand nous apercevons enfin le rempart rose qui encercle la vieille ville, qui pourtant, est juste à 1 km !! A ses pieds, les mendiants, tels des cloportes qui pullulent le long d’un mur, ils s’accrochent, nous baisent les pieds, nous supplient, ne nous lâchent pas dans l’espoir de nous faire céder !!! Je me montre infaillible, indifférente mais à l’intérieur c’est tout mon corps qui se révolte et bouillonne devant autant de misère !!! Pourquoi autant d’inégalités ??? Ç’en est trop pour nous aujourd’hui, nous ne digérons plus rien. Nous préférons rentrer dans nôtre havre de paix pour touristes, bien loin des caniveaux puants, bien loin de l’insupportable !!!

18/12/2008 – Jaipur – Inde.

Nous ne sommes pas là pour rester dans une chambre d’hôtel !!! On va quand même aller les voir ces palais qui me font tant rêver. Nous repartons à pied, aidés de nôtre plan merdique. Nous arrivons enfin devant une des gigantesques portes d’entrée. Au plus grand désespoir de Jérôme, je suis bien décidée à le visiter et avec lui !!

« – C’est nul !!! Les monuments j’en ai rien à carer !!!

– Mais non, tu vas voir, c’est pas juste un tas de cailloux bien agencés, c’est un palais !! Je suis sûre que ça va te plaire !!! » En disant ça, j’imaginais vraiment visiter quelque chose d’incroyable, entrer dans la vie des Maharajas, qui, à Jaipur, il y a encore une quarantaine d’années, était d’un faste inimaginable. Ayant lu dernièrement un livre sur le dernier Maharaja régnant ici, j’imaginais que la visite ne pouvait être que fabuleuse et que je trouverais enfin tout le raffinement de ma glace !!!

Mais franchement, la visite est un peu décevante ! Le palais est complètement vide, juste quelques pièces sont ouvertes, où sont exposés des tissus magnifiques, des armes et 2 jarres gigantesques en argent !!! Juste la salle d’audience privée, conservée dans son état d’origine, est à la hauteur de ce que j’imaginais. Tout le reste est soit fermé, soit dépourvu du moindre apparat. Si pardon, une salle est vivante et animée : le magasin !!!! Le Palais est en travaux, la visite devrait être plus intéressante dans quelques mois ! En attendant, nous aurons profité de la fraîcheur du lieu.

Nous errons toute la journée dans les rues de Jaipur. En faisant abstraction des nombreuses boutiques aux vendeurs surexcités, de la circulation chaotique et des mendiants rachitiques, nous arrivons quand même à découvrir quelques joyaux architecturaux délabrés et dissimulés derrière des amas d’affiches de pubs kitchs au possible !!! C’est un désastre !!! Beaucoup de bâtiments sont à l’abandon totale, certains sont au bord de l’écroulement !!! Ma glace aurait-elle fondue ??? Toujours est-il que nous ne nous sentons vraiment pas biens ici, trop fatigués, trop oppressés… déprimés !!! Nous reprendrons la route dès la première heure demain, pour Puhkar. Nous espérons trouver là-bas, un petit village paisible, nôtre eldorado indien.

19/12/2008 – Jaipur à Pushkar – Inde.

Décidément c’est vraiment une ville merdique !!! Elle a attendu la dernière minute pour réserver à Jérôme un « au revoir » à son image, merdique !!! Le rickshaw nous dépose devant les marches de la gare routière. Il y a un caniveau rempli d’excréments suspects, bien opaque et surtout inratable. Je m’engage sur la droite pour le contourner, repoussant les supplications d’une jeune mendiante. Jérôme marque un temps d’arrêt devant le caniveau, il le regarde et y fout le pied gauche dedans. Mais pourquoi ??? Il en a jusqu’en haut de la cheville !!! Les badauds, la jeune mendiante et moi-même nous retrouvons partagés entre l’éclat de rire et la stupéfaction. Mais pourquoi il y a foutu le pied dedans ??? Il est en tongs et chaussettes, c’est dégueulasse !!! La jeune mendiante lui vient de suite en aide et le guide jusqu’à un robinet. A l’aide de son écuelle, elle aide Jérôme à se rincer le pied, à enlever le plus gros, les morceaux. Bien sûr nous lui donnons 5 roupies pour la remercier. Et la coquine, évidemment, avertit les copains, elle gueule, sautillant, son billet en mains !!! À peine deux minutes ont suffis pour rameuter tout le quartier de la gare !!! Ils sont une dizaine autour de nous. Une mère me jette son bébé visiblement en carence alimentaire à la figure, pendant qu’un petit garçon baise le pied maculé de merde de Jérôme. Par chance, le bus pour Ajmer où nous prendrons une correspondance pour Pushkar est prêt à partir. Nous grimpons tant bien que mal, secouant les jambes pour nous débarrasser de nos boulets !!!

Le bus démarre. Jusqu’à-ce-qu’on sorte de la gare routière, nôtre petit troupeau de brebis galeuses nous supplie, gémissant en courant à côté du bus. Quand j’emploie des termes crus comme ça, ce n’est pas péjoratif, une brebis, galeuse ou pas, reste une brebis à mes yeux !!!! Elle mérite autant de choses que les autres !! C’est une histoire de chance et de malchance !!! Dans ces moments-là, c’est juste insupportable de ne pas être en mesure de faire quelque chose. Et d’en arriver à penser que l’on a perdu son cœur en refusant d’offrir un roupie ou un chapati. Mais il y aurait tellement de chapatis à offrir que même ma vie entière, à temps plein ne suffirait pas. Et ça c’est vraiment difficile à assumer !!!

Nous arrivons à Pushkar à 12h30, nous avons négocié une chambre dans le bus, nôtre voisin était patron d’une guest house. Sur la carte : Big swimming pool, internet, restaurant, hot-shower… Il a une chambre à 100 roupies, nous sommes un peu sceptique mais nous le suivons. C’est une grande bâtisse neuve construite à l’ancienne. Nôtre chambre avec grand lit et salle de bain donne sur un jardinet parsemé de bananiers et de philodendrons. Nous lui faisons répéter le prix dans le doute. C’est bien ça, aurait-on trouvé nôtre eldorado ???

Bien que crevés, nous partons aussitôt pour le centre du village. Pushkar est la cité de Bhrama, le dieu de la création, le plus important de tous. Il n’ y a qu’un seul temple dans le monde dédié à ce dieu et c’est ici, dans ce gros village de 20 000 habitants. La citadelle est lovée autour d’un tout petit lac, les maisons sont enrobées de chaux teintée de bleu qui apporte à ce paysage semi-désertique une douceur presque irréelle. Après Jaipur, on se croirait au paradis !!! Il y a bien un peu d’agitation !! L’artère principale, un grand déballage : tissus brodés incrustés de miroirs, huiles essentielles, vendeurs de cartes postales, librairies, restaurants, cyber cafés… Tout pour satisfaire le touriste !!! Mais nous pouvons circuler sans devoir faire face à une meute de vendeurs enragés. Le seul petit hic, c’est qu’elle est tellement sacrée cette ville, que la viande, les œufs et l’alcool sont interdits. Au plus grand désespoir de Jérôme !!! Il va falloir te mettre au vert mon petit cœur !!

Malgré le charme et la paisibilité de cette ville nous sommes fatigués, épuisés, maussades. Nous avons du mal à apprécier à sa juste valeur ce qui nous entoure. Nôtre corps ne répond plus, les sourires deviennent forcés, nos discussions ennuyeuses. C’est peut-être normal au bout de 4 mois de bourlingage de se sentir vidés comme ça… Il y a aussi peut-être l’approche des fêtes de fin d’année, l’envie de se retrouver en famille… Toujours est-il qu’on ne souhaite que dormir.

 

21/12/2008 – Pushkar – Inde.

Nous avons passé la journée d’hier à chercher un vol pour rejoindre l’Indonésie, sans résultat ou hors de prix !!! Ça a fini de nous mettre le moral à zéro !!! Hier soir, devant nôtre plâtrée de riz, on en est venu à se dire qu’on se faisait sacrément chier !!!! On s’emmerde !!! On s’emmerde !! Oui ça arrive, même en voyage !!! Il n’y a plus de piquant, plus de rencontres, il faut réagir !!! Et on a réagi, on a pris la décision de changer nos plans !!! Première solution, partir dans le sud de l’Inde mais pas possible, il faut qu’on passe une semaine sur Delhi pour faire le visa indonésien, il ne nous reste pas assez de temps pour faire le trajet et profiter du sud !!! Deuxième solution, passer par Bangkok !!! Et pas con comme idée !!! Le billet d’avion est pas cher, on peut faire nôtre visa indonésien là-bas et en plus on pourra prospecter pour avril quand la famille débarquera !!! Du coup, pas de Delhi !!! Ça c’est une super idée !!! Regonflés à bloc, nous arrivons enfin à apprécier Pushkar !! Nous faisons dans l’après-midi tout le tour du lac et avec le sourire !! Ça fait du bien de se retrouver !!! On se remet à papoter, à s’interroger devant toutes les scènes qui se déroulent devant nos yeux, c’est bon…

22/12/2008 – Pushkar – Inde.

Chose dite, chose faite !!! Nous voilà en possession de deux billets pour Bangkok !!! Départ le premier janvier 2009 à 11h55. Pas de foie gras ni de Jurançon pour nous cette année, on verra ce que nous propose la Thaï Airways, qui sait…

Nous avons également acheté deux billets de bus pour Jaisalmer, nous partons demain soir !!! Dernière escale indienne, le désert du Thar !!! A nous les chevauchées à dos de chameaux !!

24/12/2008 – Jaisalmer – Inde.

Encore une nuit blanche dûe aux transports indiens !!! Le gars nous avait dit : « oui oui il y a des couvertures !!! » T’as gagné, on s’est pelé toute la nuit !!! Nous étions au premier étage, sur une couchette deux places qui aurait pu être confortable si nous n’avions pas le froid dessus et s’il y avait une barre sur le côté pour nous retenir !!! C’est que ça secoue sur les routes indiennes !!! Couchés sur nos sacs, scotchés l’un à l’autre le plus près possible de la vitre pour éviter la gamelle !!!

Les allées et venues, l’envie de pisser, les coups de klaxons, le froid… impossible de dormir !!!

Michael et Annie nous avaient dit, vous verrez à Jaisalmer les chiens sont des fauves, des tueurs et les vaches chargent…

Nous arrivons de bonne heure, il est peut être 7h, je ne sais pas vraiment mais nous sommes arrivés à l’aube. Première opération, se débarrasser des chauffeurs et des rabatteurs qui deviennent de plus en plus coriaces, où c’est peut-être nous qui devenons de plus en plus impatients !! Nous n’y allons pas de main morte, tout en étant polis, on les rembarre et ils finissent par se lasser et nous laissent boire nôtre chaï en attendant le jour. Nous pénétrons dans la vieille ville par Gandi Chowk, les rues sont désertes, quelques badauds peu nombreux et des chiens et des vaches !!! Les mots d’Annie résonnent dans ma tête : « C’est des tueurs ceux-là !!! » Je dissimule ma peur, ce sont nous les maîtres !!! Et comme tout moment pénible, tout est fait pour nous emmerder, pas d’hôtels, où nous ne les voyons pas. Nous errons un moment, ne trouvant seulement quelques palaces hors de prix.

Jérôme est en train d’uriner dans une pissotière, je l’attends devant. À une dizaine de mètres, un chien fait les poubelles, et quand il me voit, il se met à grogner et à aboyer. Visiblement il ne cherche pas des papouilles celui- là!! Il est vite rejoint par sa meute. Un gars arrive, et au lieu de nous sauver, il fait demi-tour !! Alors si même les locaux ont peur, c’est pas gagné cette histoire-là !!! Je dis à Jérôme : « Rentre vite ta zigounette, ça pue la rage et le carnage par là !!! » En homme qui se respecte, il se fout de ma gueule un moment mais fini par me suivre dans mon : « demi tour, on se casse de ce bourbier !!! »

Nous finissons par trouver un hôtel juste en face du fort, la vue est surprenante !! Nous sommes dominés par la citadelle, un immense château de sable érigé en plein désert, mais nous dominons également la vieille ville !! La lumière montante inonde les parois, la ville se teinte d’ocre, un mirage se produit-il devant nous ???

Une fois rafraîchis par un débarbouillage à l’eau froide, nous réalisons que nous sommes le 24 décembre, c’est Noël !! Nos familles préparent sûrement la table gargantuesque de Noël agrémentée de foie gras, de saumon fumé, de viande tendre et bien rouge… Beau-papa a dû déjà choisir les vins qu’il sortira pour l’occasion… Ohhh mais que c’est dur de penser à tout ça !! Nos ventres gargouillent…

J’imagine aussi toute l’ambiance qui entoure ces fêtes, la rue Serviez, les gens qui se bousculent devant les vitrines animées, stressés parce qu’ils s’y sont pris une nouvelle fois au dernier moment, pestant, alors que l’année d’avant ils s’étaient jurés de s’y prendre à l’avance pour trouver « le » cadeau qui fera plaisir !!! Les odeurs de sucreries, de marrons chauds, de chocolat quand on passe devant chez Josuat… Tout ce déballage, ses dépenses finalement pas très utiles mais que j’affectionne tant…

Je pense aussi, à mes anciens collègues de boulot. Je les imagine carburant au café et à la vitamine C, devant la foule de clients qui attendent patiemment de se faire confectionner un bouquet !!! Je pense à Sophie, priant de tout mon cœur pour que son magasin prenne son envol !! Que les gens découvrent son talent et sa personnalité détonante !!!

Je pense que nous sommes bien loin de tout ça… devant nôtre plâtrée de riz, nôtre curry de chou-fleur et nôtre bouteille d’eau minérale !!

Jérôme me sort de mes rêveries de foie gras et de saumon fumé !!!

« – C’est Noël ma chérie !!!

– Oui ben je sais que c’est Noël !!!

– Ce soir on dépense sans compter !!! Viande, vin, apéro !! Noël quoi !! »

Le gérant de l’hôtel nous conseille un resto chic mais abordable !

Excitée comme une puce à l’idée de fêter Noël, je file à la salle de bain tenter un petit ravalement de façade. Après m’être lavée à l’eau froide, je mets de la crème solaire en guise de parfum, sorts du fond de mon sac le petit crayon de khôl que j’avais emmené dans un excès de zèle et choisis ma plus jolie tenue qui se résume à mon seul pantalon propre que je trimballe depuis plus de quatre mois, une tunique marron que j’ai achetée à Pushkar et un châle sur les épaules. Un foulard dans les cheveux pour cacher ma tignasse toute grasse que je n’ai pas réussi à laver depuis une semaine tellement l’eau est glaciale…et le tour est joué !!! Je ressemble à une vraie fille. Je n’ai pas l’habitude de me complimenter mais une fois devant la glace, je me trouve pas dégueux et même plutôt charmante !!! Visiblement, vu l’état de Jérôme à ma vue, c’est réussi !!!

Le restaurant se trouve sur un toit, aménagé sous des tentes. Un portier enturbanné nous accueille d’une révérence, que je lui renvoie en lui souhaitant un joyeux noël !! Il a sûrement dû me prendre pour une tordue de touriste, mais j’adore les révérences !!! Et c’est noël !! J’ai envie de crier à tout le monde : « Joyeux Noël Madame, Joyeux Noël Monsieur, Joyeux Noël saloperie de chien, Noyeux Joël mon chéri… »

Mais ici, tout le monde s’en fout de Noël !! J’ai bien eu quelques retours de touristes, quelques… Mais après tout nous aussi on s’en fout !!! On est là, tous les deux en amoureux et on va manger de la viande et boire du vin !!!

Pour l’apéro, nous tentons de demander un ricard mais le gars nous regarde bizarrement. Nous lui demandons ce qu’il a… de la bière, ben c’est très bien de la bière !!! Et vous avez du vin ??? 1000 roupies (15 euros) très bien… gloups ! Nous portons donc un toast avec une bouteille de King Fisher chacun, tout en nous délectant devant cette si merveilleuse carte richement ornée de mots comme : mouton et poulet !

Le garçon, bien apprêté dans son costume trop serré pour lui, vient prendre la commande. Il nous regarde tout le long d’un air soupçonneux et, quand on arrive au vin, il répète à plusieurs reprises le prix de la bouteille. Bon ça va, on a compris qu’il était à 1000 roupies !!! C’est pas parce qu’on a des claquettes en plastique premier prix qu’on ne peut pas se payer une bouteille de jus de raisin !!! Ça c’est dingue quand même, il n’y a pas de juste milieu !!! D’habitude, on nous prend pour des billets de 100$ sur pattes et maintenant on veut nous faire passer pour des clochards !!! On est juste Céline et Jérôme, jeune couple anciennement dynamique et de catégorie moyenne qui souhaite se faire plaisir pour Noël.

Pour se faire plaisir, on se fait plaisir !!! Je n’ai jamais vu des assiettes aussi grandes !!! Dans la mienne, au moins un poulet entier mariné dans du tandoori, des beignets de légumes, du tofu, un nan, papad, une salade au fromage, ananas et poulet liée d’une sauce façon mayonnaise, du choux, de la canne à sucre… un festin !! Jérôme a choisi un plat chinois, un poulet pour lui aussi, cuisiné avec une sauce soja et des champignons, on se régale !!! Et le vin… quel délice !!! Une production indienne réussie. Nous profitons de chaque seconde de ce moment privilégié, les yeux dans les yeux, ou perdus dans les bastions du fort. Pendant que nous nous goinfrons, à nos pieds, des centaines de personnes se partageront un ou deux chapatis en guise de repas… Les restos du cœur ne tiendraient pas une demie-heure dans ces contrées tant il y a de bouches à nourrir !!

Notre repas de Noël à Jaisalmer en Inde.

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À PROPOS : Nous avons eu la chance de réaliser ce fabuleux périple il y a plus de 10 ans. Nous sommes partis mon compagnon et moi durant une année sur les routes asiatiques sans savoir ce que le voyage allait faire de nous. Aujourd’hui, nous savons ! Des Bourgeons sur le Bitume n’aurait certainement pas éclot sans cette intense et déroutante parenthèse. Il était évident pour moi de partager cela avec vous tant cela fait parti de notre ADN.
Je ne fais qu’un copier/coller du blog que j’avais ouvert à cette occasion, sans rien changer même si des fois, je vous l’avoue, je préférerais partager ce périple avec les 10 années de recul que j’ai aujourd’hui mais ce ne serait pas la réalité. Pour le petit scoop, même si nous ne savons pas de quoi la vie est faite, nous prévoyons de remettre le couvert ! Nous sommes partis il y a 10 ans, le jour des 30 ans de Jérôme, nous partirons donc le jour de mes 40 ans ! 

 

 

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